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lundi 20 mai 2024

Fâcherie

Si la droite nationaliste à tendance en Europe à se montrer très solidaire, souffrant souvent de la même ostracisation, parfois des étincelles surgissent entre responsables politiques de partis de différents pays. Marine Le Pen, en visite à Mayotte hier, s’est ainsi dite «fâchée» contre son allié allemand au Parlement européen, l’AfD, qui «ferait mieux de s’occuper des problèmes de l’Allemagne» au lieu de questionner l’appartenance de l’archipel à la France. Dans une question écrite au Bundestag cette semaine, l’AfD (Alternative für Deutschland) a appelé le gouvernement fédéral «à prendre position sur les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies selon lesquelles la France doit restituer l’archipel de Mayotte à l’Union des Comores». «L’AfD ferait mieux de s’occuper des problèmes de l’Allemagne et je suis fâchée de cette situation», a déclaré la candidate du RN à la prochaine présidentielle à son arrivée. «Je vais leur expliquer la raison pour laquelle les Mahorais ont par trois fois déjà exprimé leur souhait d’être Français», a-t-elle ajouté. Lors de la proclamation de l’indépendance des Comores, Mayotte a choisi de rester en France par deux referendums en 1974 et 1976. Un troisième référendum en 2009 a fait de Mayotte un département. Un porte-parole de l’AfD, Matthias Moosdorf, a expliqué que son parti n’avait «pas imaginé que le RN serait contrarié par cette question» et que cette question visait l’ambivalence, selon l’AfD, pratiquée par le gouvernement allemand sur les référendums d’autodétermination, ce dernier ne reconnaîssant pas le résultat de celui organisé en Crimée en 2014. «Ce parallèle avec la Crimée est particulièrement maladroit», a jugé Marine Le Pen qui compte donner à ses alliés «quelques leçons de géopolitique». Les relations entre les deux partis, qui siègent dans le même groupe «Identité et démocratie» au Parlement européen, sont tendues depuis la révélation d’un projet secret d’expulsion massive d’étrangers et de citoyens allemands réputés non-intégrés si l’AfD arrivait au pouvoir. L’affaire avait provoqué des manifestations d’ampleur contre l’extrême droite dans toute l’Allemagne. Et Marine Le Pen avait déclaré être «en total désaccord» avec cette idée. Par ailleurs, sur les relations avec les Comores dont sont issus nombre d’immigrants arrivant sur Mayotte, Marine Le Pen a appelé à «siffler la fin de la récréation», les accusant de «vouloir récupérer Mayotte par la démographie». Elle a évoqué des mesures de rétorsion comme le gel des avoirs des dirigeants comoriens ou la suppression de visas. Ainsi, cette fâcherie entre l’AfD et le RN reflète surtout les niveaux d’acceptations auxquels sont les deux partis. En Allemagne, même s’il gagne peu à peu du terrain, l’AfD reste un petit parti avec très peu de chance d’accéder au pouvoir rapidement. Le RN, pour sa part, est au pic de sa popularité avec des chances réelles cette fois-ci de remporter la prochaine présidentielle. Le parti de Marine Le Pen doit ainsi se montrer précautionneux pour ne pas froisser des électeurs potentiels à l’importance cruciale, alors que l’AfD peut encore se permettre tous les outrages, comme le Front National il y a trente ans. Reste à voir si cette escarmouche aura une incidence sur les relations entre les deux mouvements, ou si le petit parti allemand se montrera conciliant pour ne pas se mettre à dos le RN qui est également en ce moment très haut placé dans les sondages concernant les élections européennes de juin prochain.

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