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mercredi 1 février 2023

Est-ce le début de la fin pour Ennahdha ?

L’affaire dite de l’envoi des djihadistes tunisiens dans les zones de conflit, en fait en Syrie et dans une moindre mesure en Libye, revient sur le devant de la scène, deux jours à peine après la tenue des premières législatives sous la nouvelle Constitution. Ces élections ont été marquées par une participation particulièrement faible de 11%, du moins lors de leur premier tour, un deuxième étant prévu en février prochain, qui concernera le plus grand nombre des sièges à pourvoir sur un total de 161. L’affaire en question, longtemps une simple rumeur, a éclaté à la surface en septembre de cette année, avec l’interrogatoire notamment de Ali Laareydh, ancien Premier ministre et vice-président d’Ennahdha, mais aussi de Rached Ghannouchi le leader de cette même formation islamiste, qui depuis la chute de Ben Ali en 2011 a dirigé le pays jusqu’aux mesures d’exception prises par le président Saïed le 25 juillet 2021. Des dizaines de personnes, certaines sources parlent même de centaines, sont concernées par l’enquête, parmi lesquelles des responsables politiques de premier plan, mais aussi des policiers, des prédicateurs et des hommes d’affaires. En septembre, les personnes faisant l’objet d’investigation dans le cadre de cette procédure ont été remises en liberté, faute de preuves un certain nombre d’entre elles se sont empressées de dire.

La réalité, c’est que la Tunisie était alors à la veille d’une échéance malgré tout importante, et que les autorités ne voulaient rien faire qui ait pour résultat de rendre encore plus difficile ou aléatoire sa tenue. Le cours normal de cette enquête aurait fortement empiété sur la campagne électorale, alors même que celle-ci ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices, l’appel au boycott ayant beaucoup plus de chances d’être entendu par la masse des électeurs. Mais maintenant que les législatives sont passées, qu’elles ont effectivement connu une abstention sans exemple, sans que l’ordre s’en trouve pour autant troublé si peu que ce soit, l’affaire peut reprendre son cours là où celui-ci a été arrêté. On se demandait en septembre dernier, au moment précis où Laareydh se trouvait en garde à vue, quelle serait la suite, s’il allait être relâché, ou au contraire faire l’objet d’un mandat de dépôt. C’est maintenant que la réponse à cette question est tombée. Jusqu’il y a quelques heures seulement, elle était encore en suspens. On la connait maintenant : l’arrestation du concerné, après en définitive seulement deux mois de sursis. En sera-t-il de même avec Ghannouchi, qui lui aussi après avoir subi un interrogatoire en règle avait retrouvé sa liberté de mouvement ce même mois de septembre de cette année ? Tout porte à le croire. Son arrestation, si elle intervient, sous le même chef d’inculpation, vraisemblablement celui d’avoir recruté et envoyé des jeunes Tunisiens dans les zones de guerre, non pour y défendre la liberté mais pour s’adonner au terrorisme, déclenchera l’épreuve de force finale entre l’Etat tunisien et le dernier parti islamiste à vocation hégémonique dans la région. Après Ennahdha, il y aura peut-être encore des partis islamistes, ou d’inspiration islamiste, comme on dit souvent en parlant d’elle, bien à tort d’ailleurs, mais elle est la dernière du genre à vouloir accéder au pouvoir en vue d’y rester. De tous les partis islamistes, elle est même la seule à avoir pris le pouvoir dans le monde arabe, dans la foulée d’une soi-disant révolution démocratique.

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