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mardi 28 juin 2022

Espaces de lecture : Sauver le livre en sauvant la librairie Alloula

L’une des plus belles et heureuses nouvelles de ces dernières années, celle de l’ouverture de la librairie Alloula à Oran, ressuscite dans la tristesse le célèbre vers de Malherbes « Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ». En cette orée de l’été 2 019, l’ouverture, par la Sarl Omega, à la rue Soummam d’Oran, a empli les cœurs de tous les férus de culture et amoureux de lecture d’un immense bonheur.

Par Nadjib Stambouli

Grande a été la satisfaction de voir s’ouvrir une librairie, alors que la mode commerciale est aux fast-foods et les magasins de friperie déguisée. Diamant au fronton de cet espace, était arboré en enseigne le nom d’un des plus illustres artistes et intellectuels engagés que l’Algérie ait enfanté, Abdelkader Alloula, lâchement assassiné en mars 1994 par les terroristes intégristes. A hauteur du bonheur unanimement clamé à l’ouverture de ce bel espace de convivialité livresque, ponctuée de rencontres-dédicaces, certes rares, une grande déception est ressentie aujourd’hui à l’annonce de la fermeture de cet îlot d’échange et de partage de mots, de pages, d’idées et de sentiments émanant de chaque ouvrage. La mise de la clef sous le paillasson, pour reprendre une formule qui revêt en ce cas une cape funèbre, est prévue pour le mois d’avril, mois qui sera loin d’être printanier pour le lectorat, et pas seulement oranais. La raison n’est pas proclamée par les gérants, auxquels l’Histoire rendra hommage pour leur initiative, mais il se devine facilement que la cause est de l’ordre de la rentabilité. L’établissement, tout en étant d’essence culturelle, n’en est pas moins commercial, ce pourquoi tous les citoyens et auteurs qui ont réagi à ce triste évènement, notamment sur les réseaux sociaux, comprennent la décision des gérants et se solidarisent avec eux. Les appels fusent de partout pour sauver ce lieu culturel et les autorités, locales et centrales, sont interpellées, sans faire entorse à l’esprit de la libre entreprise et de la propriété privée, pour trouver un moyen d’éviter cette sombre perspective. Il n’en reste pas moins que le vrai problème est plus profond et que cette fermeture de grande (même récente) librairie est la face apparente d’un iceberg où s’entrecroisent faillite de l’école et du système éducatif liée à l’intrusion massive de nouveaux centres d’intérêt d’acquisition factice et artificielle des connaissances, le tout sur fond de palpable et grave reflux de la lecture. Cette conjonction de facteurs ne saurait évidemment occulter un autre problème, celui du prix du livre, devenu inabordable, ce dont se plaignent écrivains, éditeurs et bien sûr lecteurs. C’est là, par un soutien clair et concret, que devrait intervenir l’Etat, en optant résolument pour la subvention du prix du papier, comme c’est le cas pour d’autres produits, notamment alimentaires. Une mesure salvatrice, louable et noble attendue des pouvoirs serait d’inscrire, sur les traces « du pourquoi pas ? », le livre dans la liste des produits de première nécessité…

N.S.

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