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vendredi 12 août 2022

Entretien

En 2015, Laurent Fabius, alors ministre français des Affaires Étrangères, avait donné du fil à retordre à l’administration américaine qui tentait depuis plusieurs années déjà d’établir un accord sur le nucléaire avec Téhéran. Le diplomate français, plus dur que les États-Unis, avait même fait craindre à Washington de faire échouer les négociations sur l’accord de Vienne. Aujourd’hui, la France est pourtant devenue la nation qui pousse avec le plus de véhémence les États-Unis et l’Iran à se remettre d’accord. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a ainsi appelé en fin de semaine dernière son nouvel homologue iranien, Hossein Amir-Abdollahian, à une «reprise immédiate» des négociations sur le nucléaire iranien. «Le ministre a souligné l’importance et l’urgence d’une reprise immédiate des négociations, interrompues par l’Iran depuis le mois de juin», a déclaré un porte-parole adjoint du Quai d’Orsay à l’issue d’un entretien téléphonique entre les chefs de la diplomatie des deux pays. Jean-Yves Le Drian a également fait part de l’inquiétude de la France «vis-à-vis de l’ensemble des activités nucléaires conduites par l’Iran en violation de cet accord», a-t-il ajouté. Hossein Amir-Abdollahian a laissé entendre, de son côté, que ces discussions, ajournées le 20 juin, deux jours après la victoire de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi à la présidentielle iranienne, risquaient de ne pas reprendre avant deux ou trois mois. «L’autre partie sait pertinemment qu’un processus de deux ou trois mois est nécessaire pour que le nouveau gouvernement se mette en place et prenne la moindre décision», a-t-il dit. Six cycles de négociations entre l’Iran et les puissances internationales, dont la France, ont eu lieu à Vienne entre avril et juin, pour tenter de sauver l’accord. Ces pourparlers visent à réintégrer les États-Unis dans l’accord, dénoncé en mai 2018 par l’ex-président américain Donald Trump, et à ramener l’Iran au respect intégral de ses engagements internationaux concernant son programme nucléaire. Jean-Yves Le Drian a «souhaité que le dialogue entre la France et l’Iran puisse contribuer à la reprise et à la conclusion de ces négociations», a relevé le ministère, sans plus de précisions. Le nouveau ministre iranien des Affaires étrangères a affirmé avoir été invité à Paris par le président français Emmanuel Macron qui, selon lui, cherche «à se rapprocher» de l’Iran. Ni le palais présidentiel de l’Élysée, ni le Quai d’Orsay n’ont confirmé cette invitation. «Emmanuel Macron (…) est venu me voir à deux reprises (…)», a raconté Hossein Amir-Abdollahian, qui a participé samedi, au côté d’Emmanuel Macron, à un sommet régional à Baghdad consacré à la lutte contre le terrorisme. «Il a appelé son ministre des Affaires étrangères et a dit j’ai invité (Amir-Abdollahian) (…) nous devons revoir les relations bilatérales», a-t-il assuré, cité sur le site de la chaîne de télévision d’État iranienne. Mais les efforts redoublés des diplomates français semblent aujourd’hui bien inutiles face à la détermination des Américains et des Iraniens qui refusent tous deux de faire le premier pas et surtout toute concession pouvant être interprétée comme un signe de faiblesse vis-à-vis de l’«ennemi» historique.

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