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mercredi 30 novembre 2022

Entretien avec l’artiste Beihdja Rahal: «J’ai choisi de me consacrer à la sauvegarde du patrimoine de l’école d’Alger»

Beihdja Rahal est une interprète de musique andalouse qui œuvre à garder l’authenticité de cet art, assurer sa continuité et présenter des textes inédits. Pour cette raison, elle prend tout son temps pour la préparation de ses albums. En ce mois d’octobre, Beihdja Rahal est revenue vers ses fans avec un nouvel album intitulé «La Nouba Mezdj Raml el maya-Raml». Ravie de retrouver les mélomanes de musique andalouse, elle nous en parle ainsi que de ses projets d’avenir.

Propos recueillis par Abla Selles
Le Jour d’Algérie : D’abord, pourquoi cette absence de la scène artistique algérienne ?
Beihdja Rahal : Il ne faut pas oublier qu’il y a eu deux années de Covid. C’était un arrêt imposé à l’échelle mondiale, pour tout le monde et dans tous les domaines, non pas uniquement dans la culture ou la musique. Nous avons repris timidement à la 2e moitié de l’année 2021. J’avais donné des concerts à Angers, en Ile de France et à Fameck, mais beaucoup d’autres, pendant toute l’année, en live en visioconférence.

Vous êtes revenue avec un album «Nouba Mezdj Raml el maya-Raml», parlez-nous de cette œuvre.
Cet album a été réalisé en partenariat avec YG Events, au studio Crescendo à Alger, avec de grands musiciens qui m’accompagnent depuis plus d’une vingtaine d’années, en l’occurrence, Nadji Hamma, Amine Belouni, Djamel Kebladj, Abdelhadi Boukoura, Mansour Brahimi, Rafik Sahbi, Sofiane Bouchafa, Khaled Ghazi et Farid Mokeddem. L’album est accompagné d’un livret comportant toute la poésie chantée en arabe et sa traduction en français, réalisé par Rassim Bekhechi. C’est une combinaison entre deux modes qui se fait suivant les recueils et références dans ce domaine. J’ai interprété un mceddar «Kayfa yatibou», un btaihi «Kawani l’biâd», un derdj «Ladali chourbou l’âchiya», un premier insiraf «El hamamate», un deuxième insiraf «Min houbihad el ghazala», un khlass «Amchi yarassoul» et «Rabbi yamoujib». J’ai entamé le chant par un tchambar et «Yaqalbi khali l’hal». Il est distribué par les éditions Ostowana.

  Apparemment, vous préférez garder l’authenticité de la musique andalouse puisque vous n’ajoutez aucune fusion avec un autre genre ni même un instrument nouveau ?
Je garde l’authenticité car j’ai choisi de me consacrer à la sauvegarde du patrimoine de l’école d’Alger d’une manière pédagogique, par les enregistrements, les concerts, les masterclass et les cours que j’assure à Paris au sein de notre association Rythmeharmonie, créée en 2008. Cet album est le 28e de la série que j’ai entamée en 1995 dans le but de mettre la nouba andalouse à la portée du grand public. Cela ne m’empêche pas de faire des fusions de temps en temps avec des orchestres européens. J’ai chanté la nouba accompagnée par un orchestre philarmonique du conservatoire de Rouen et d’Angers, par un quatuor italien, par un orchestre espagnol… Ce sont de belles expériences et c’est dans le but de faire découvrir notre musique à un public et des musiciens qui ne la connaissent pas. Je ne dirais pas que c’est l’authenticité, ce sont juste des expériences. Par contre, lorsque je chante mon patrimoine ou que je l’enregistre, je reste sur les instruments traditionnels et les pièces du répertoire andalou.

 La même chose pour le choix des paroles ?
Oui, de même pour la poésie qui est puisée dans nos recueils de référence, surtout el muwashahat walazjal édités dans les années 70 en Algérie. Je chante de grands poètes arabo-andalous comme Ibn Al-Khatib, Ibn Zeydoun, Ibn Khafaja, Ibn Zoumrouk et Ibn Sahl Al Andaloussi. Il ne faut pas oublier de citer les poétesses telles Oum Al-Hana, Oum Al-Ala et Wallada bint Al-oustakfi.

 Que pensez-vous des nouvelles voix de musique andalouse et la fusion avec d’autres genres de musique ?
Nous avons de belles voix qui émergent et qui se font connaître depuis quelques années, c’est une très bonne chose. La voix féminine est plus présente en ce moment, ce qui donne un grand choix et une diversité au public qui, suivant son goût, fera la différence. On ne peut pas faire
l’unanimité mais on peut apporter sa petite pierre à l’édifice ! Il n’est pas interdit de faire des fusions, il suffit de le mentionner. Il est toujours intéressant de s’inspirer de la nouba pour chanter d’autres genres, il faut juste préciser que nous ne sommes pas dans le patrimoine authentique qu’on essaie de sauvegarder tel qu’il nous a été transmis par nos maîtres.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir de la nouba ?
Il m’arrive de me poser la question lorsque je vois que les associations qui œuvrent pour la sauvegarde de la nouba ne sont pas encadrées comme elles le devraient. Les associations musicales sont des écoles qui doivent avoir un programme suivi, contrôlé et approuvé par une tutelle puisque nous parlons d’un patrimoine national protégé. Les enseignants qui assurent les cours dans ces écoles doivent avoir une formation supplémentaire pour faciliter l’enseignement qu’ils dispensent. Il faut un bagage, il faut une formation et des diplômes reconnus et, bien sûr, une méthode d’enseignement.

  Pensez-vous à une tournée artistique en Algérie ?
Avec l’AARC, nous préparons une petite tournée en Algérie pour présenter ce dernier album au public et nous pensons organiser des ateliers au profit des jeunes souhaitant avoir plus de connaissances sur la nouba andalouse.

 Des projets à long terme ?
A court terme, je serai à l’opéra de Lyon pour un duo avec Salim Fergani, le 21 janvier 2023. Le 6 octobre dernier, j’étais accompagnée de l’orchestre Al-Kamandjati d’Angers dirigé par Ramzi Abuderwan, pour chanter des pièces choisies de notre répertoire andalou. Nous sommes programmés pour le même spectacle le 10 mars au théâtre de Nantes. Le deuxième projet avec Ramzi est de donner des master-class dans les écoles qu’il a créées en Palestine. Elles forment les enfants palestiniens à la musique classique. A long terme, mais c’est déjà parti, avec YG Events, mon partenaire, nous allons travailler dans l’évènementiel qui se matérialisera par la programmation de projets culturels en termes de développement artistique.

A. S.

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