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mardi 9 août 2022

Entre Trump et Biden, une simple différence de style ?

Jusqu’au retrait précipité d’Afghanistan, les Européens avaient cru avoir eu en Donald Trump le plus mauvais président américain possible, celui dont la désinvolture à leur égard était la plus marquée, la plus enracinée. C’est ainsi qu’il s’interrogeait ouvertement tout au long de son mandat sur l’utilité qu’il y avait d’entretenir une alliance militaire avec des pays qui s’étaient toujours arrangés pour dépenser le moins possible dans quelque chose d’aussi fondamental que leur défense. Il était intarissable sur ce thème en particulier, à croire que sa véritable intention était de pousser vers la porte de sortie de l’Otan ceux d’entre eux qui ne se décidaient pas à payer leur juste écot. Il lui était même arrivé d’avoir à leur endroit des accents qui n’étaient pas sans rappeler ceux qui lui venaient en quelque sorte spontanément quand il était question de ces autres protégés des Etats-Unis qu’étaient les monarchies du Golfe, à qui de la sorte il soutirait des sommes colossales.

En Europe, les Allemands avaient été le plus souvent l’objet de ses attaques. Pour lui en particulier tout achat de gaz russe était une forme de trahison envers le protecteur américain. On comprend dès lors que la plupart des Européens aient applaudi à son départ et à l’arrivée de Joe Biden, un homme qu’ils connaissaient bien, qui leur paraissait le parfait anti-Trump, quelqu’un dont à l’évidence ils n’auraient pas à subir les mauvaises manières, vu qu’il en était totalement dépourvu. L’électeur américain avait eu pour eux la délicatesse de leur retirer un rustre unilatéral pour le remplacer par un homme d’expérience pour qui la bonne entente avec les amis était un principe. Les Allemands, par l’intermédiaire de leur chancelière, verront bientôt en lui la figure exemplaire du chef de l’Occident. Enfin quelqu’un à qui non seulement eux, mais tous les Européens, pourraient parler sans avoir à craindre de lui une rebuffade. Quelqu’un qui ne ferait rien sans les consulter d’une part, obtenir leur assentiment de l’autre. Les Européens lui tressaient encore des lauriers, se félicitaient en chœur de la chance qu’ils ont eu de l’avoir pour leader, quand l’offensive talibane et son corollaire, le retrait d’Afghanistan, sont venus mettre à l’épreuve l’idée combien favorable qu’ils se faisaient de lui. L’occasion n’a pas tardé donc à se présenter qui allait montrer au monde entier, bien que ce soit d’abord aux Russes et aux Chinois, qu’ils étaient bien des alliés des Etats-Unis, qu’ils étaient traités par eux avec des égards, c’est-à-dire d’égal à égal, qu’ils n’étaient pas des seconds couteaux tenus d’exécuter les ordres qui leur sont donnés. L’Afghanistan est d’autant plus la bonne scène pour cette démonstration qu’il n’y a pas de divergence de fond, tout le monde étant d’accord sur le retrait. Il s’agit seulement de s’entendre sur ses modalités techniques. Or pour une raison qui les regarde les Américains veulent faire le plus vite possible, au risque de créer du désordre, alors qu’il n’y a pas le feu, il n’y aurait qu’à les obliger à ralentir le pas, et tout le monde verrait que l’Otan est une organisation démocratique. Où la décision finale se prend de façon multilatérale. On connait la suite : le refus ferme de Joe Biden de changer quoi que ce soit aux modalités pratiques telles que les stratèges du Pentagone les avaient conçues, probablement depuis longtemps. La seule différence qu’il a eue par rapport à son prédécesseur, c’est qu’il s’est réuni avec les dirigeants européens pour leur dire que sa décision était irrévocable. Trump se serait contenté de la leur signifier par les voies secondaires.

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