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mercredi 1 février 2023

En Tunisie un record d’abstention qui pourtant se comprend

Il ne devait y avoir personne en Tunisie pour s’attendre à ce que la participation soit importante aux législatives de samedi 17 décembre, ni même d’ailleurs qu’elle soit peu ou prou comparable à celle enregistrée lors du référendum constitutionnel du 25 juillet, où elle avait a posteriori atteint un sommet de 30 %. Pour autant, il ne devait pas y avoir grand monde non plus pour penser qu’elle serait aussi faible, loin en tout cas derrière celle du 25 juillet. Il semble bien que samedi dernier tous les records de désaffection électorale aient été battus, y compris dans les pays où traditionnellement celle-ci est élevée, comme c’est justement le cas dans les pays de la région. Il faut une conjoncture exceptionnelle pour que les électeurs se rendent massivement aux urnes, ce qui même alors se traduit par une participation qui ailleurs serait jugée faible. La tendance générale dans nos pays est à l’abstention, à peu près en toutes circonstances, sinon au boycott, qui lui suppose une opposition forte et un projet politique alternatif prêt à l’emploi, deux choses qui se rencontrent rarement. Cela dit, moins de
9 %, ce qui s’est produit samedi dernier, à l’occasion des premières législatives tunisiennes dans le cadre de la nouvelle Constitution, cela de mémoire d’homme ne s’est jamais vu.

Bien sûr, il s’en trouvera pour soutenir le contraire, pour affirmer que la participation habituelle est dans sa vérité toujours ridiculement, outrageusement faible, mais que les pouvoirs en place n’ont de cesse de la gonfler car tel est leur intérêt. Mais peu importe, d’autant que ce débat sur la véracité ou la fiabilité des urnes n’est pas près de prendre fin. Le faible taux de participation du 17 décembre, même s’il a créé la surprise, n’est pourtant pas à mettre en entier au passif du président Kaïs Saïed, à qui ses opposants, qui certes avaient appelé au boycott, ont beau jeu maintenant de demander qu’il rende sans plus attendre le tablier. Le porte-parole du Front de salut national, Ahmed Néjib Chabbi, propose pour le remplacer, en attendant l’organisation d’une présidentielle, un juge au-dessus de tout soupçon. Lui et ses semblables seraient bien inspirés de ne pas trop se présenter comme les grands gagnants du moment, au motif qu’ils appellent depuis un certain temps au renversement du «dictateur». Ils n’auraient pas attendu la tenue des législatives, et l’abstention massive qui les a marquées, pour renverser Saïed, si cela était à leur portée. Entre le moment où Saïed a suspendu le régime pseudo parlementaire dominé par Ennahdha et celui où il a mis la dernière main à l’ordre voulu par lui et par ses appuis dans l’Etat et dans la société, car il n’est pas seul, il s’est passé plusieurs mois, au cours desquels ils avaient tout loisir non seulement de contrecarrer son action mais de le faire partir. La très faible participation de samedi dernier ne leur fera pas obtenir ce qu’ils ont échoué à réaliser pendant plusieurs mois. Elle s’explique d’ailleurs assez bien, et en premier lieu par le fait que l’Assemblée ne joue plus le rôle central qui était le sien sous la Constitution précédente. Pourquoi les électeurs iraient-ils voter massivement pour une Assemblée redimensionnée, ravalée à présent au niveau d’une fonction, alors qu’elle était plus qu’un pouvoir parmi d’autres, elle était le premier d’entre eux. Elle détenait le pouvoir réel, qu’elle n’a plus. On peut même dire que tout a été fait pour que les électeurs se désintéressent de son sort. Avant qu’eux-mêmes ne boudent les urnes le jour de son élection, la Constitution adoptée auparavant l’avait déjà réduite à sa plus simple expression, celle de chambre d’enregistrement de lois élaborées ailleurs.

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