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mardi 16 août 2022

En plutôt bonne intelligence avec l’ennemi

Pour éviter d’avoir à se battre en Syrie directement les uns contre les autres, un risque tout à fait réel puisque, dans cette première guerre mondiale dans un seul pays, la deuxième étant celle qui en est maintenant à son sixième mois en Ukraine, ils appartiennent à deux camps opposés, Américains et Russes ont mis en place une étrange coordination entre eux. En vertu de celle-ci, ils s’avertissaient mutuellement de tout ce qu’ils comptaient entreprendre dans la poursuite de leurs buts de guerre, qui bien entendu étaient différents. En Syrie, ce qui a permis la mise en place de ce système de veille, destiné à prévenir une guerre directe entre les premières puissances nucléaires, c’est la présence d’un ennemi commun, Daech, contre lequel elles pouvaient en effet avoir besoin de se coordonner, ne serait-ce que pour prévenir les tirs amis. Cela n’est pas possible en Ukraine, où il est vrai, les alliés de Kiev n’ont pas des troupes au sol qu’ils auraient besoin de prémunir contre des bavures russes tombant dans le mille, mais uniquement des armes, qui elles sont «game fair», comme diraient les Américains. Il n’y a pas encore de guerre en Mer de Chine. La Chine et Taïwan sont toujours en paix l’une avec l’autre, même si en même temps tout indique que ce ne sera pas toujours le cas.

Il n’empêche, Américains et Chinois disposent déjà d’une coordination, d’une autre nature certes que celle qui existe entre Américains et Russes sur le théâtre syrien, mais qui n’en est pas moins là en vue du même objectif : continuer non seulement de se parler mais de se signaler réciproquement les mouvements de ses forces respectives dans la région, et suffisamment à l’avance pour que l’autre ne les prenne pas, sous l’effet de la surprise notamment, pour des actes d’hostilités caractérisés, et réagisse en conséquence, c’est-à-dire en surréagissant. Première différence, et elle est de taille, la coordination sino-américaine ne se fait pas sur le terrain des opérations, mais au contraire très en amont, ce qui somme toute est normal, puisqu’il n’y a pas encore de guerre en Mer de Chine. Tellement en amont cependant qu’elle est une tâche assumée par les deux présidents, Joe Biden et Xi Jinping en personne, encore que ce soit en virtuel qu’il faut dire, du moins pour ce qui est des cinq fois précédentes où les deux hommes se sont livrés à cet exercice, la plus récente datant de quelques heures seulement. Les deux présidents se parlent directement, et longuement, chaque fois qu’un événement à venir leur semble suffisamment dangereux pour qu’il faille s’entendre par avance à son sujet. En l’espèce, la bombe à désarmer avant qu’elle n’éclate, c’est le voyage que Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, une démocrate comme Biden, a l’intention de faire à Taïwan. Le président américain n’y peut rien, ne disposant d’aucun pouvoir pour le faire annuler. Il peut seulement appeler son homologue chinois, et lui dire qu’il n’y est pour rien, qu’il n’y a pas en l’occurrence coordination entre lui et Pelosi. Qu’il n’y a aucun changement dans la politique américaine concernant Taïwan, que les Etats-Unis ne reconnaissent qu’une seule Chine, mais qu’ils s’opposeraient à toute tentative de changer par la force l’ordre actuel des choses. N’empêche, aurait répondu en substance le président chinois, vous autres Américains n’arrêtez pas de jouer avec le feu, ce qui peut bien un jour vous en cuire. Pour l’heure, c’est tout ce que l’on sait de leur dernière séance de coordination, où sûrement bien des questions ont été abordées, dont bien sûr la guerre en Ukraine.

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