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mercredi 22 mai 2024

En Palestine les Américains accourent au secours du plus fort

 

Jusqu’à la sidération du 7 octobre, les Etats-Unis n’étaient engagés que dans un seul conflit intense, un euphémisme pour guerre véritable, celui qui oppose depuis le 24 février 2022 l’Ukraine à la Russie. Ils justifiaient leur nouvelle guerre par procuration contre la Russie par ceci qu’en l’espèce  c’est elle qui était l’agresseur et que sa victime laissée seule aurait été dans l’incapacité de se défendre. Avec le début de la nouvelle guerre au Moyen-Orient, ils sont entrés dans un nouveau conflit intense alors même que le premier est encore loin d’être  terminé. Pour tenir leur rang de première puissance au monde, il leur faut à partir de maintenant remporter la victoire dans les deux guerres, en Ukraine donc contre la Russie, et à Gaza contre le Hamas, une victoire dont la première condition, mais pas la seule,  est que cette deuxième guerre ne s’étende pas dans la région. Dès maintenant la Maison-Blanche ne demande pas des fonds au profit d’un seul allié mais aux deux à la fois. Il est déjà arrivé à deux ou trois reprises au président Biden de mettre sur le même plan la guerre en Ukraine et la guerre contre Ghaza, que les Etats-Unis seraient   également tenus remporter aux fins  de sauvegarder leur leadership dans leur monde. Si seulement l’une est perdue,  leur puissance ne serait plus tout à fait la même,  comme réduite d’autant. C’en serait bien sûr fini d’elle si au bout du compte les deux étaient perdues. Il est évident que le Hamas a agi seul le 7 octobre, qu’il n’a mis au courant pas même les autres groupes existant à Ghaza, qui n’étaient passés à l’action qu’après qu’il leur  eut ouvert la voie. Il n’empêche, le choix du moment n’est probablement pas étranger au contexte mondial,  dominé pour sa part par la guerre en Ukraine, mais aussi  et dans une moindre mesure par la tension croissante sino-américaine à propos de Taiwan. Les Américains ont réagi à l’attaque inattendue du Hamas contre Israël de même que si elle était une réplique au Moyen-Orient de la guerre en Ukraine. Ce qu’à l’origine elle n’était pas bien sûr, mais ce qu’elle peut devenir dans la suite des événements. S’il n’est toujours pas question pour les Etats-Unis d’envoyer des troupes en Ukraine, ni les leurs du reste ni celles de leurs alliés, ils ont par contre tout de suite fait savoir qu’ils en enverraient en Israël si le besoin s’en faisait sentir, c’est-à-dire si l’armée israélienne se trouvait en difficulté et qu’elle perdait pied. En Ukraine, les Etats-Unis soutiennent le plus faible, Kiev, contre le plus fort, Moscou. En Palestine, ils accourent à la rescousse du plus fort, Tsahal, la plus grande armée dans la région, celle qui a gagné toutes les guerres qu’elle eu à mener, contre le plus faible, le Hamas, qui compte moins de 40 000 combattants, et qui ne dispose ni de chars ni d’avions. Sans l’engagement des Américains, une attitude inspirée par la crainte que les Israéliens perdent soit contre le Hamas seul soit après intervention de ses alliés, on aurait aujourd’hui deux conflits de forte intensité certes, mais sans lien aucun l’un avec l’autre. En particulier l’issue de l’un n’aurait aucun effet sur celle de l’autre. L’empressement des Américains à assurer la sécurité d’Israël, mais aussi le langage provocateur de leur président, pour qui le Hamas et la Russie sont les deux ennemis à combattre simultanément, désignant la Russie par le nom de son président, Poutine, sans plus, se conjuguent pour jeter une passerelle entre les deux guerres dont il ne faut pas s’étonner ensuite qu’elle soit franchie.

Mohamed Habili

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