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jeudi 30 juin 2022

En Libye, une division en remplace une autre

Avant que le gouvernement emmené par Fathi Bashagha n’obtienne la confiance du Parlement libyen basé à Tobrouk, il y avait déjà deux gouvernements et même deux territoires libyens, les uns à l’est et les autres à l’ouest. Mais maintenant que le gouvernement qu’il est censé remplacer, celui de Abdelhamid Dbeibah, se refuse à lui céder la place qu’il occupe à Tripoli, une nouvelle division s’est ajoutée à celles qui existaient déjà. Celle-ci est apparue au moment précis où il semblait que la Libye était en passe de surmonter sa fracture en deux entités politiques, l’une centrée sur Tripoli et l’autre sur Tobrouk, étant donné que pour la première fois le Parlement et le Haut Conseil d’Etat, ce dernier faisant fonction d’assemblée législative à l’ouest du pays, avaient fait cause commune en apportant leur soutien au gouvernement Bachagha. Cette division est d’autant plus surprenante qu’elle survient à l’intérieur de la principale force armée à l’ouest en même temps que dans Tripoli, Dbeibah et Bachagha étant tous les deux en effet de Misrata. Rien jusqu’à présent n’a pu convaincre Dbeibah de s’effacer devant Bachagha, ni les pressions internes ni les bons offices externes, et encore moins les menaces de recours à la force armée.

Bachagha et les parties qui le soutiennent, à l’ouest comme à l’est, en sont réduits à en appeler à la «force de la loi», pour l’amener à lâcher prise, mais sans plus de succès qu’auparavant. Ces derniers jours, le chef de gouvernement désigné par les institutions politiques provisoires, mais aussi par les chefs militaires des deux camps, a voulu marcher pacifiquement vers Tripoli en vue d’y prendre ses fonctions, estimant le moment venu pour lui de faire valoir ses droits à diriger le pays au cours de la nouvelle phase de transition, la précédente s’étant terminée comme on sait à la fin de 2021, sur l’impossibilité d’organiser les élections prévues à ce moment. Ce forcing pacifique, probablement un cas unique dans les annales politiques, n’a pas eu l’effet escompté, Dbeibah conservant assez de partisans déterminés à défendre sa cause. Il faut dire que celle-ci n’est pas dénuée de fondement, même si les deux camps libyens se sont entendus pour la délégitimer. En apparence, la condition posée par le gouvernement Dbeibah à son départ, à savoir l’élection d’une nouvelle équipe, est raisonnable. Sa force réside ailleurs
toutefois : dans le soutien que lui apporte l’ONU, à travers Stephanie Williams, la conseillère du secrétaire général pour la Libye. De sorte que le tableau d’ensemble se présente pour l’heure comme suit. Pour la première fois depuis l’intervention de l’Otan en 2011, les Libyens, prenant en quelque sorte prétexte de l’échec du plan de sortie de crise concocté par l’ONU, puis endossé par le Forum du dialogue politique libyen (plan fondé sur la tenue forcée d’élections, eu égard au fait que toutes les conditions ne s’y prêtent pas, il s’en faut même de beaucoup) se sont mis d’accord sur une autre voie en vue de rétablir l’unité politique de leur pays. Sa particularité est que son préalable n’est pas dans la tenue d’élections, mais dans l’élaboration d’un consensus national. Il ne suffit pas en effet d’organiser des élections, il faut encore que leurs résultats soient acceptés par les forces en présence, quels qu’ils soient. Les chances de celles qui devaient se tenir en décembre de l’année dernière de remplir cette condition sine qua non étaient minimes, pour ne pas dire nulles. Pour preuve, elles n’ont même pas pu avoir lieu.

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