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samedi 10 décembre 2022

Elections américaines et guerre en Ukraine

Pour mettre de son côté les meilleures chances de devancer si peu que ce soit le cours de la guerre en Ukraine, dont désormais bien des choses dépendent dans le monde, il faut certes suivre de près ce qui la concerne directement, mais tout autant des événements qui pour lui être étrangers n’ont sont pas moins capables d’exercer sur elle une influence décisive. Un conflit armé comporte plusieurs péripéties, un nombre plus ou moins grand de batailles, mais il peut arriver qu’une seule de ces dernières fasse l’effet d’un tournant, sans pour cela conduire à la fin des combats. Stalingrad a été un tournant pendant la Deuxième Guerre mondiale, mais ni la dernière ni la mère des batailles. Plus tard elle a même cessé d’être perçue comme un tournant, les historiens ayant fini par voir dans les toutes premières batailles perdues par l’Allemagne sur le sol russe les véritables signes avant-coureurs de sa défaite ultérieure. Dans la guerre en Ukraine, tout porte à penser que c’est à Kherson, plus précisément sur la rive occidentale du Dnieper, que le déluge de feu va s’abattre, que la rage de vaincre va se donner libre cours chez les deux belligérants directs, entendu qu’ils ne sont pas seuls à s’affronter sur le sol ukrainien. L’évacuation de la population civile voulue par les Russes, en cours depuis plusieurs jours, en est le meilleur indice.

Au premier plan des influences extérieures, il y a bien sûr les élections américaines du 8 novembre, déterminantes à la fois pour les deux années restant du mandat Biden et pour la poursuite de la guerre dans les mêmes conditions qui l’ont vu commencer. Si elles sont remportées par les démocrates, de sorte qu’ils conservent leur contrôle des deux chambres, la bataille de Kherson, quel qu’en soit le vainqueur, ne sera ni la dernière ni même peut-être l’une des dernières. Si elles sont perdues par eux, tout peut arriver en revanche, y compris que les Etats-Unis en viennent à réorienter leur politique en la matière. Mais qu’en sera-t-il si les démocrates perdent le contrôle sur la Chambre des représentants mais conservent celui sur le Sénat, un scénario que les sondages semblent d’ailleurs créditer de plus en plus ? Ou l’inverse ? Car tout reste possible, les sondages pouvant aussi se tromper grandement ? Toujours est-il qu’une péripétie se produisant loin de l’Ukraine est à même de changer la donne en Ukraine. Nulle part dans le monde des élections ne peuvent avoir un tel impact. La campagne électorale américaine ne donne pourtant pas l’impression d’être dominée par cette guerre. Des questions de politique interne comme l’inflation, le droit à l’avortement, celui du port d’arme, l’insécurité, y occupent une place bien plus importante, conformément d’ailleurs à la tradition américaine. Dans le cas d’une victoire complète des républicains, l’administration Biden se trouvera comme ligotée, incapable de rien. Il n’y aura de compromis sur rien, eu égard à la polarisation actuelle. Sans cette dernière, l’administration Biden aurait pu poursuivre la même politique antirusse en Ukraine, trouvant chez les républicains le même soutien que lui apportait auparavant son propre camp, l’hostilité à la Russie n’étant en effet pas rare dans les rangs de l’opposition. En raison de la polarisation, ceux-là mêmes des républicains qui mèneraient la même politique qu’elle s’ils étaient seuls au pouvoir l’entraveraient, le plus important à leurs yeux étant de la défaire elle, avant de faire subir un sort similaire à la Russie.

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