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dimanche 2 octobre 2022

Eclipse partielle à la Maison-Blanche

Partout ou quasiment, il a été dit hier qu’Israël, les Emirats arabes unis, et le Bahreïn, ont signé un accord historique aux termes duquel ceux-ci ont reconnu celui-là. C’est à la fois vrai et faux. Ils étaient bien tous trois comme prévu sur le perron de la Maison-Blanche en présence de Donald Trump, à se complimenter mutuellement du courage dont ils faisaient preuve les uns envers les autres, du grand pas vers la paix universelle qu’ils faisaient faire du même coup à l’humanité tout entière, et à tresser des lauriers à celui sans lequel rien de tout cela n’aurait été possible. Seulement voilà, on ne sait trop sur quoi ils se sont mis d’accord. La question du contenu véritable de leur entente se pose d’autant plus qu’il n’y pas eu une seule cérémonie de signature, mais deux. La première a concerné Israël et les Emirats, sous l’égide des Etats-Unis. Et la seconde, Israël et le Bahreïn, également sous l’égide des Etats-Unis, leur président ayant paraphé les deux documents. On a voulu nous expliquer que comme l’accord passé entre Israël et les Emirats a précédé de plusieurs jours celui conclu entre Israël et le Bahreïn, par la force des choses il était bien plus fourni que ce
dernier ; il comportait un plus grand nombre de clauses, non encore discutées avec le Bahreïn. Mais en même temps sans trop chercher à nous convaincre, nous l’humanité entière, au nom de laquelle ces bienfaiteurs ont dépensé un trésor d’irénisme, ainsi qu’en atteste le secret entourant les deux accords.

Ceux pour qui le principal intérêt de l’événement résidait dans la présence des uns et l’absence des autres dans les murs de la Maison-Blanche, ou sur sa pelouse, la retransmission de l’événement semble avoir été conçue justement pour qu’ils n’en sachent rien. Là aussi le secret a été bien gardé. Pas une fois l’œil de la caméra n’a quitté le perron occupé par les signataires pour se tourner vers la pelouse, où se trouvait le public, d’ailleurs plutôt nombreux à en juger par la force des applaudissements. L’explication la plus plausible à cette occultation, c’est qu’il y avait dans l’assistance des gens qui ne voulaient pas être vus. Dans le tas, vraisemblablement des représentants arabes, dont les pays hésitent à sauter le pas, mais qui n’ont pu décliner l’invitation, par crainte de déplaire à l’Oncle Sam. Mais ce n’est pas là l’hypothèse la plus forte. Les caméras de la Maison-Blanche auraient eu peut-être dans ce cas un malin plaisir de les débusquer, ne serait-ce que pour donner du poids à l’affirmation de Trump que d’autres Etats arabes avaient voulu être de la partie, c’est-à-dire sur le perron plutôt que sur la pelouse, mais que cela aurait été au détriment de leur pionnier, les Emirats. L’explication la plus plausible à cela, c’est que les gens qui ne voulaient pas être vus, ce ne sont pas des étrangers, mais des Américains. On n’a qu’à se poser la question de savoir qui aujourd’hui n’a aucun intérêt à être vu dans la proximité de Trump, pour que la réponse fuse d’elle-même : mais ses adversaires politiques, bon sang, tous les Américains qui s’appliquent de toutes leurs forces depuis bientôt quatre années pleines à le frustrer d’un deuxième mandat. Ils ont un nom, ils s’appellent les démocrates. Personne n’a plus de motifs qu’eux pour se rendre invisible, pour ne pas apparaître sur les écrans un jour de triomphe pour Donald Trump et dans le même contexte que lui. Ce serait, horreur, comme s’ils lui apportaient leur soutien. Comme s’ils cherchaient, enfer et damnation, à le faire réélire. De là le modus vivendi auquel ils sont parvenus avec lui : O.K. pour qu’ils soient présents, puisqu’ils ne pouvaient pas faire autrement, puisque leur absence pourrait être comprise comme une insulte à Israël, mais alors à la condition sine qua non qu’ils ne soient pas filmés. Que chacun d’entre eux puisse nier ensuite avoir été à ce rassemblement à la gloire de Trump

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