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dimanche 2 octobre 2022

Échecs

Manuel Valls, qui a réussi pendant de nombreuses années à esquiver les mauvais coups et à se hisser jusqu’à Matignon, espérait néanmoins atterrir un jour à l’Élysée. Il semblait d’ailleurs très confiant lors de son mandat de Premier ministre sous la présidence de François Hollande qu’il avait ce qu’il fallait pour être chef d’État. Mais les élections primaires du Parti socialiste de décembre 2016, qu’il pensait n’être qu’une formalité, ont définitivement brisé sa lancée et l’ont catapulté en queue de file. Depuis lors, son parcours politique n’a été fait que d’humiliations et de défaites. Lui qui avait méprisé et rabaissé son ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, s’est retrouvé depuis à devoir le supplier de relancer sa carrière. En vain néanmoins. Car si la macronie a daigné jeter un os à Manuel Valls en lui donnant l’investiture de la 5e circonscription des Français de l’étranger (comprenant la Péninsule Ibérique et la Principauté de Monaco), elle l’a surtout envoyé au casse-pipe. Lui qui un temps avait nourri le rêve d’être élu Premier ministre d’Emmanuel Macron au début de son second mandat vient de se faire battre sèchement dès le premier tour du scrutin législatif. Investi par la majorité présidentielle, l’ex-Premier ministre est arrivé troisième avec 15 % des voix. Il est devancé par le candidat de la Nupes, Renaud Le Berre, arrivé en tête (27 %) mais aussi et surtout par Stéphane Vojetta, le député sortant et candidat dissident de LREM (25 %). «Si la dissidence et la division ont semé la confusion, je ne peux pas ignorer mon score et le fait que ma candidature n’a pas convaincu», a réagi dimanche soir sur Twitter Manuel Valls. Aussi marquante soit-elle, cette défaite que beaucoup voyaient venir en Espagne, ou Valls a tenté, sans succès, de démarrer une nouvelle carrière politique durant trois ans, n’est qu’une demi-surprise. A une semaine du 1er tour des législatives dans l’Hexagone, cette défaite de Manuel Valls sonne comme un avertissement pour la majorité présidentielle, alors qu’Emmanuel Macron avait personnellement approuvé la candidature de l’ancien maire d’Evry. Certains ont du mal à ne pas voir un mauvais coup du président. «Macron voulait peut-être se débarrasser de Valls. C’était risqué de l’envoyer en Espagne. La majorité aurait dû savoir qu’il était très impopulaire ici», analyse un militant socialiste expatrié à Barcelone. S’il a immédiatement appelé à faire barrage au candidat de la NUPES au second tour, Manuel Valls est resté énigmatique sur son avenir. «Une élection est un moment de vérité. Il m’appartient lucidement d’en tirer les conséquences. La vie est suffisamment belle pour tourner tranquillement les pages». Celui qui tente désespérément de retrouver sa place dans le premier cercle du pouvoir est ainsi constamment mis en échec par les électeurs mêmes qui, que ce soit en Espagne ou en France, ne veulent plus de l’ex-Chef de gouvernement. Cette ultime défaite a en tout cas été visiblement difficile à digérer par Manuel Valls, qui est souvent moqué, humilié et vilipendé sur les réseaux sociaux, le poussant à supprimant son compte Twitter après avoir posté un dernier «Adieu…». Reste à voir si après une période de repos le socialiste reviendra une fois encore tenter de retrouver une place aux premières loges de la scène politique, ou si après six ans saturés d’échecs il s’avouera définitivement vaincu et renoncera au pouvoir.

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