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vendredi 2 juin 2023

Durcissement

Si en France le gouvernement a annoncé pour l’été prochain une révision profonde de la loi immigration, l’Hexagone n’est pas seul à envisager des réformes dans le domaine. L’Allemagne, pourtant connue pour son laxisme, en particulier ces dernières années vis-à-vis des migrants, annonce de nombreuses nouvelles mesures qu’elle pourrait prochainement appliquer. Contrôles renforcés aux frontières, expulsions facilitées : les autorités allemandes doivent décider cette semaine d’un durcissement des règles en matière d’immigration, dans un contexte de progression de la droite nationaliste. Le chancelier allemand et les dirigeants des seize États-région du pays se réunissent ainsi en fin de semaine pour une séance de négociations susceptible de durer. De premières pistes ont d’ores et déjà fuité dans la presse et montrent la préoccupation du gouvernement et des régions devant la hausse des arrivées en provenance de l’étranger. Sur les quatre premiers mois de l’année, quelque 101 981 demandes d’asile ont été déposées en Allemagne, soit une hausse de 78 % par rapport à la même période en 2022. Gouvernement fédéral et régions pourraient décider la mise en place de contrôles permanents aux frontières avec les pays voisins et une aide au renfort des contrôles aux frontières extérieures de l’UE. Les expulsions devraient elles aussi être facilitées par la mise en place de «centres d’arrivée» des réfugiés où leur demande serait traitée, selon une piste de discussion évoquée par le quotidien populaire «Bild». La durée des gardes à vue en cas de violation des interdictions d’entrée ou de séjour pourrait être allongée. Ce durcissement annoncé intervient dans un contexte de hausse de l’extrême droite, en particulier en ex-RDA. Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) est ainsi crédité d’environ 15 % des intentions de vote dans les sondages, contre 10,3 % obtenus lors des dernières élections générales en 2021. L’Allemagne est devenue, ces derniers jours, le pays de l’Union européenne accueillant le plus d’Ukrainiens, avec plus d’un million de réfugiés. Leur accueil a eu des répercussions sur les logements et les places disponibles dans le système éducatif, font valoir les régions et municipalités, qui réclament une aide de l’État fédéral. Les Länder veulent ainsi revenir à l’ancien système de paiement forfaitaire par l’État fédéral, qu’ils veulent de surcroît voir porter à 1 000 euros par mois par réfugié. Ils souhaitent aussi la prise en charge à 100 %, contre 75 % actuellement, de l’hébergement des réfugiés. Mais le gouvernement de Olaf Scholz, qui a d’ores et déjà indiqué qu’il verserait 15,3 milliards d’euros cette année pour l’accueil des réfugiés, rechigne à remettre la main à la poche. L’État promet, toutefois, d’accélérer les procédures de demande d’asile, qui durent actuellement en moyenne 26 mois, grâce notamment à une numérisation améliorée. Ainsi, l’Allemagne qui avait été en 2015, sous l’impulsion d’Angela Merkel, l’un des premiers pays européens à ouvrir massivement ses frontières pour accueillir les réfugiés de la guerre en Syrie, s’était retrouvée submergée, notamment par beaucoup de migrants venant d’autres parties du monde mais profitant de la générosité allemande. Huit ans plus tard, le pays doit admettre ses difficultés à faire face à la masse démographique supplémentaire qui lui coûte des milliards d’euros et qui en temps de crise, notamment causée par la guerre en Ukraine, n’est plus viable économiquement.

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