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lundi 5 décembre 2022

Du temps, il n’en manque ni à Ghannouchi ni à Saïed

Kaïs Saïed, le président tunisien, a mis huit mois pour se décider à dissoudre un Parlement qu’il avait déjà suspendu, une première fois, le 25 juillet 2021, pour un mois seulement, une deuxième pour une durée indéterminée. On peut donc dire qu’il lui a fallu sept mois pour faire d’une suspension temporaire une suspension définitive. Encore a-t-il eu besoin pour cela d’une sorte de rébellion de la part de plus de 120 députés qui à l’instigation d’Ennahdha, elle-même n’en comptant toutefois qu’un peu plus de 50, ont tenu une réunion virtuelle, à l’issue de laquelle ils ont à l’unanimité voté une résolution considérant comme nuls et non avenus les décrets présidentiels promulgués à partir du 25 juillet. A la suite de quoi, un certain nombre d’entre eux, dont Rached Ghannouchi, qui pourtant n’avait pas personnellement pris part à la réunion, ont été destinataires d’une citation à comparaître devant la justice pour le chef de « complot contre la sûreté de l’Etat », ce qui n’est jamais une mince affaire. Le leader d’Ennahdha a aussitôt fait savoir qu’il se rendrait à la convocation. Il l’a fait cependant sur un ton de défi, certain de n’avoir rien à craindre d’un pouvoir acculé à prendre des décisions absurdes qui ne peuvent qu’aggraver son cas.

Et si ce n’est pas au plan interne, du moins vis-à-vis de la seule opinion qui compte en définitive, celle des « grandes démocraties ». De fait, la Maison-Blanche s’est tout de suite dite inquiète de la tournure prise par les événements en Tunisie. Cela fait des mois à vrai dire qu’elle est sur ce sentiment, sans l’avoir jusque-là transformé en quelques sanctions contre la Tunisie, ce qui aurait affaibli le président Saïed et du même coup renforcé ses adversaires. On connaît le calendrier de ce dernier, dont tout indique qu’il ne dévierait pas : un référendum sur une nouvelle Constitution en juillet prochain, et des législatives à la fin de l’année, pour clore ou couronner la transition. Cette dernière ne prendra donc fin que dans quasiment 9 mois. Voilà qui en principe laisse pas mal de temps à l’opposition pour se retourner, corriger ses faiblesses et reprendre l’initiative. Nul doute que c’est cela qu’elle ferait si elle en avait les moyens, s’il lui en restait des forces pour cela. Or le temps, justement, il ne lui en a pas manqué depuis le 25 juillet de l’année dernière. Elle n’en a rien fait, sinon apporter la preuve de son incapacité à faire reculer un président entretenant pour la Tunisie un dessein aux antipodes du sien. Ce qu’elle a échoué à faire pendant les 8 mois passés, il n’y aucune raison de penser qu’elle pourrait le réaliser dans les 9 mois qui restent avant que la partie en cours ne se termine. Dès à présent, le président Saïed pourrait lui porter le coup de grâce : prononcer la dissolution d’Ennahdha, le seul parti islamiste à visée hégémonique encore existant dans le monde arabe. Toutefois, il ne semble pas que ce soit sa méthode de prendre une décision avant terme, avant qu’elle ne s’impose d’elle-même, ou qu’elle devienne incontournable. Evidemment, il la prendrait sur-le-champ si la sûreté de l’Etat en dépendait. Mais pour cela il lui faut des preuves, qui semblent lui manquer pour le moment, autrement le vice-président d’Ennahdha, Nourredine Bhiri, n’aurait pas été libéré. Mais si le temps n’en manque pas à Ennahdha pour redresser la situation à son avantage, il n’en manque pas non plus à Saïed, qui lui aussi a neuf mois devant lui pour trouver une réponse à la menace qu’elle représente pour la Tunisie et dans toute la région.

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