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samedi 3 décembre 2022

Du Soudan à l’Argentine: Le passé déterré qui faillit être englouti

Si parfois les réalisateurs de cinéma ne sont pas spécialement diplomates, ils demeurent cependant souvent utiles dans ce qu’ils nous font découvrir. C’est grâce à l’Ambassade d’Argentine en Algérie, très active sur le volet culturel, et qui a organisé jeudi dernier, avec la présence de son ambassadeur, M. Mariano Simon Padros, la projection du film documentaire de Ricardo Preve : «Du Soudan à l’Argentine, l’improbable voyage d’Abraham Rosenwasser» que l’on peut découvrir le parcours d’un égyptologue argentin qui fit partie de la première mission argentine dans ce domaine. A travers cet ouvrage, on découvre surtout des pans entiers de l’histoire moderne comme ancienne de cette partie du monde.

Par Nedjma Baya Merabet

Abraham Rosenwasser, ce polyglotte d’origine juive ukrainienne dont la famille s’installa dans la petite communauté juive de Mauricio en Argentine après avoir fui les pogroms, passionné d’archéologie et d’égyptologie, de langues orientales anciennes et d’études bibliques, put mettre sur pied la première mission de fouille argentine.
Son parcours, conté chaleureusement par sa fille, est le fil conducteur qui nous transporte de l’université argentine de La Plata au site d’Aksha au Soudan. Si elle axe souvent sur des anecdotes personnelles, cela dévoile tout de même ce qui animait profondément Rosenwasser, à savoir sa passion pour l’égyptologie, donc il créa la première chaire en Amérique latine.
Quelques images sobres, desquelles apparait déjà la beauté peu connue du Soudan. Nous sommes sur une terre à la croisée du passé de l’Afrique, du monde arabe et du futur.
Lorsque la construction du nouveau barrage d’Assouan prévue au début des années 60 menaçait d’engloutir de nombreux sites archéologiques en Egypte et au Soudan, l’Uneesco lança une grande campagne pour sauver ces vestiges témoins de l’histoire de l’Humanité. Abraham Rosenvasser put codiriger la mission franco-argentine aux côtés du célèbre égyptologue Jean Vercoutter.
C’est en tombant sur un morceau de papyrus non déchiffré que la chance avait souri à A. Rosenwasser.
Du fait de sa capacité à déchiffrer les hiéroglyphes, il entreprend de le traduire et découvre qu’il s’agit d’un petit extrait du conte de Sinouhé, un des chefs-d’œuvre de la littérature égyptienne antique, qui retrace le périple de ce guerrier qui, ayant échoué à prévenir un coup d’Etat contre l’héritier légitime du roi Amenemhat 1er , fuit en Syrie avant de revenir en terre égyptienne et bénéficier du pardon du souverain Sésostris 1er qui échappa au coup d’Etat.
Cette découverte ouvrit à Rosenwasser les portes d’une carrière bientôt brillante, et il put s’envoler pour le Soudan.
La mission se vit accorder la tâche de la sauvegarde du site d’Aksha, situé sur la rive ouest du Nil sur le territoire soudanais, le site est un trésor de vestiges. Selon des déclarations qu’Elba Perla Fuscaldo, ancienne étudiante de A. Rosenwasser, fit au média MEE, le site d’Aksha est sans doute un des premiers, voire le premier, où la déification de Ramses II est documentée. Autant dire que l’enjeu est de taille.
Il est vrai que le débat sur les origines de la civilisation nubienne revient quelque peu sur la scène. Durant le débat tenu après la projection, le réalisateur évoque une réaction égyptienne se plaignant des prétentions soudanaises sur la civilisation nubienne. Pourtant, on sait que le Soudan est le théâtre d’une des civilisations les plus anciennes d’Afrique.
Les liens entre elle et l’Egypte sont beaucoup plus complexes et inter-imbriqués qu’on ne saurait se contenter de le penser à travers les récits vulgarisés. Si l’on ne cesse de prétendre la découverte de nouvelles pyramides et qu’on s’en dispute l’ancienneté, il est certain que les dissensions ne servent pas la découverte de l’Histoire mais seulement des intérêts politiques bassement immédiats.
N. B. M.

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