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jeudi 1 décembre 2022

Document/ Article du mensuel Afrique Asie: Le grand retour de l’Algérie sur la scène internationale

Ceux qui avaient parié sur le repli de l’Algérie sur elle-même suite à une année de hirak, une crise économique générée par la chute des prix des hydrocarbures et la pandémie de Covid-19, auront été pour leurs frais.

Par Philippe Tourel/AA

Contrairement aux cassandres médiatiques, issues majoritairement du microcosme néocons, qui n’avaient cessé de surfer sur ces questions dans l’espoir de déstabiliser un pays qui tient à sa souveraineté et à son rôle d’état pivot notamment dans le Maghreb, la Méditerranée, l’Afrique sub-saharienne et dans le reste du monde.
A peine investi à la tête de la magistrature suprême, le Président Abdelmadjid Tebboune s’est attaqué à la mise en œuvre des réformes structurelles qu’il avait inscrites dans son programme de campagne : réforme de l’État, de l’économie et, surtout, la révision de la Constitution, prélude à l’avènement de la nouvelle République. La machine à réformer est en marche. Il ne se passe pas un jour sans qu’il n’aille à la rencontre des représentants de la société et de l’administration, suivant scrupuleusement l’application des directives présidentielles et ministérielles : gestion de la pandémie, satisfaire les doléances de la population, inciter les forces vives de la nation à renouer avec une économie nationale diversifiée, la seule à même de relancer un nouvel appareil productif de richesses à partager, tourné vers la satisfaction des besoins du marché intérieur en réduisant drastiquement l’importation de produits que l’Algérie peut – et doit – produire elle-même. C’est le cas du blé dont la facture pesait lourdement dans le déficit de la balance commerciale. Faut-il rappeler que l’Algérie faisait partie du top 5 des importateurs mondiaux de blé. Rien qu’en 2019, le pays a ainsi dépensé la bagatelle de 2,7 milliards $ pour ses achats. Une anomalie qu’Abdelmadjid Tebboune s’est engagé à éradiquer avec des résultats prometteurs. Selon l’agence Ecofin, la tendance baissière des importations céréalières se poursuit et s’accélère. «Sur les deux premiers mois de 2020, la valeur des achats de blé, semoule et farine a atteint environ 398 millions $, soit 8,5 % de moins qu’un an plus tôt (435,8 millions $).
Malgré les défis colossaux auxquels l’Algérie fait face, et que le nouveau locataire d’El-Mouradia a hérité, le pays, toujours debout, voit son horizon s’éclaircir grâce à un volontarisme sans faille. Novembriste, comme il s’est définit lui-même à plusieurs reprises, le Président Tebboune veut renouer avec les deux premières décennies de l’indépendance, ces années héroïques qui ont construit l’Etat algérien fort, souverain, craint et respecté par le monde entier.
Cet engagement pour une nouvelle République, qui s’inspire des fondamentaux du 1er Novembre et qui s’applique à mettre en œuvre les revendications politiques, sociales, économiques du «Hirak béni» (selon la propre expression du président lui-même), a mis en échec les tentatives déstabilisatrices de certaines officines étrangères qui manipulaient les courants les plus nihilistes au sein du Hirak. Les chancelleries occidentales, qui gardaient au départ un attentisme réservé sur la suite des événements, ont vite changé de posture, s’empressant à faire un come-back clair et net en Algérie en qui elles voient désormais un interlocuteur incontournable dans la région. Signe tangible de ce retournement de situation : on ne compte plus le nombre de médias internationaux qui font la queue pour arracher une interview avec le Président algérien. A commencer par les médias français qui faisaient partie des plus virulents critiques de ce qu’ils appelaient le «système algérien», notamment «Le Figaro», «L’Opinion», France24 etc. Dès son élection, Abdelmadjid Tebboune a clairement défini les grandes lignes de sa politique étrangère, une politique née dans la guerre de Libération nationale, quand une délégation du FLN avait participé à la Conférence de Bandung en 1955. Non-ingérence, respect du droit international, construction d’un nouvel ordre politique et économique mondial, droit des peuples à l’autodétermination, soutien aux peuples colonisés…
La Conférence de Berlin sur la Libye en janvier dernier a donné une tribune mondiale à l’Algérie pour que le nouveau président fasse entendre la voix de son pays. Il y a réaffirmé ce qu’il avait toujours répété, à savoir qu’il revient aux seuls Libyens – tous les Libyens sans exclusive – de prendre leur destin en bien, avec l’aide des pays voisins. Il a martelé que le recours aux armes ne règlera rien. L’évolution de la situation sur le terrain lui a donné raison. Les Libyens, qui voient en Algérie une vraie amie et partenaire pour la paix, ont reçu le message de l’Algérie cinq sur cinq. Ils n’ignorent pas que, contrairement aux faux amis qui avaient brisé le pays en 2011 sous prétexte de les sauver de pseudo massacres imaginaires, l’Algérie a – et avait – toujours condamné cette agression atlantiste soutenue par certains pays arabes. Le Maroc, qui abrite des pourparlers de pays sur son territoire, faisait partie de ceux qui avaient soutenu la guerre contre eux. Idem pour la France, le Royaume-Uni et l’Otan conduit par les États-Unis. L’Allemagne, qui a pris l’initiative de la Conférence de Berlin faisait, elle, partie des rares pays occidentaux qui n’avaient pas soutenu cette guerre d’agression. La suite des évènements a donné raison à la diplomatie algérienne. C’est sans doute l’une des principales raisons qui fait de l’Algérie un interlocuteur fiable, visionnaire dont la médiation et l’assistance sont sollicitées par tous les Libyens (…).

Algérie-USA : partenaires dans la lutte antiterroriste
Le retour de l’Algérie sur la scène internationale a été confirmé par la récente visite du secrétaire à la Défense américain, Mark Esper, la première aussi haut responsable américain depuis 2006. Elle intervenait dans le cadre d’un périple maghrébin qui l’a conduit à Tunis et à Rabat. Contrairement à ses deux déplacements en Tunisie et au Maroc où le chef du Pentagone ne s’était pas embarrassé pour exiger de ses hôtes la soumission aux intérêts sécuritaires et commerciaux américains, les mettant même en garde contre «l’influence croissante de la Russie et de la Chine (…) ces rivaux stratégiques des États-Unis» qui «continuent d’intimider les voisins et amis de l’Amérique pour étendre leur influence tyrannique dans le monde, y compris sur le continent africain», ses conversations avec le Président algérien étaient teintées de respect et d’admiration. Il ne pouvait pas ignorer le lourd tribut payé par l’Algérie dans sa guerre contre le terrorisme. Il ne pouvait ne pas savoir également que la Russie et la Chine sont des «alliées naturelles de l’Algérie». Il ne pouvait pas enfin ignorer que malgré les divergences idéologiques et politiques entre les deux pays, l’Algérie, grâce à sa diplomatie, a joué un rôle capital dans la libération des 52 otages américains à Téhéran le 19 janvier 1981 et détenus depuis le 4 novembre 1979.Le visiteur américain a loué les efforts algériens dans la lutte contre le terrorisme et demandé même l’aide d’Alger dans le règlement des crises libyenne et sahélienne. Armée parmi les plus puissantes d’Afrique et du monde arabe, l’ANP est considérée par Washington comme un élément essentiel dans la lutte antiterroriste, dans la stabilité de la région et la paix en Méditerranée. A la sortie de son audience avec le Président Tebboune, Esper a déclaré : «Nous avons évoqué les voies et moyens de renforcer la coopération bilatérale, notamment dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et la coopération entre les armées des deux pays (…) D’autres thèmes ont été également abordés comme le respect de la souveraineté des États et les libertés, ainsi que les questions d’intérêt commun» (…) La longue rencontre avec le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune au cours de laquelle il lui a expliqué les fondamentaux et les constantes de la politique étrangère algérienne a séduit et conquis l’hôte américain qui a reconnu le rôle majeur que joue l’Algérie sur la scène internationale. En tant qu’homme politique qui avait servi dans la première guerre d’Irak, et qui connaît les limites du recours à la force pour régler des questions éminemment politiques avec des solutions militaires, Mark Esper a bien compris l’approche algérienne telle que le lui avait expliquée le Président. Il avait été sans doute briffé par les diplomates américains en poste à Alger. «Depuis la catastrophe de l’intervention en Libye [en 2011] nous écoutons davantage nos amis algériens qui militent pour des solutions politiques et inclusives», confiait un diplomate US en poste à Alger il y a quelques années. «Nous comprenons aisément pourquoi Alger refuse les projections temporaires comme le G5 Sahel et pourquoi seule une attitude du type ‘’playing the long game’’, adoptée par Alger, reste la plus pertinente dans des conflits d’une telle complexité», poursuivait le diplomate. L’ex-GI de la première guerre du Golfe Mark Esper a été probablement attentif aux arguments d’Alger. Cette visite historique qui intervient dans une période charnière de l’histoire des États-Unis, soit près d’un mois avant l’élection présidentielle capitale prévue le 3 novembre, n’est pas du goût de certains médias américains adeptes du «regime change» cher aux mal nommés printemps arabes et révolutions de couleur. C’est le cas du «New York Times», un média qui s’est très souvent trompé dans ses analyses, particulièrement lorsqu’il s’agit du monde arabe qu’il voit à travers ses lunettes sionistes. Plutôt que de s’acquitter de son devoir d’informer, il se perd dans les méandres du politiquement correct et du conformisme idéologique au service de l’Etat profond américain. Il s’est trompé sur l’Irak, l’Iran, la Syrie, la Palestine, le Venezuela, la Russie et maintenant sur l’Algérie. Pour ce journal newyorkais, un an après le début du Hirak, rien n’a changé ! Dans un reportage réducteur rempli de clichés écrits par son correspondant à Paris Adam Nossiter, qui puise ses informations des médias parisiens foncièrement anti-algériens, le NYT regrette l’évanouissement du Hirak qui n’a pas porté au pouvoir en Algérie les hommes et les femmes propulsés par les ONG spécialisées dans l’exportation de la démocratie synonyme, dans leur esprit, de l’effondrement des Etats et du chaos dit créateur. Or le peuple algérien, qui a déserté les rues bien avant le début de la pandémie, n’a pas suivi leurs conseils, instruit qu’il est par le précédent irakien, libyen, syrien, yéménite et bien d’autres sous d’autres cieux. Adam Nossiter ferait mieux de s’occuper de la démocratie américaine aujourd’hui en crise, où de la France en ébullition, plutôt que de disserter sur l’Algérie, un pays qu’il ne connaît pas, à partir de Paris.


P. T./AA

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