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mardi 16 août 2022

Disparus

Au Mexique, les découvertes de charniers ne sont malheureusement pas chose rare dans ce pays où des milliers de personnes meurent chaque année de façon très brutale et où les assassinats ciblés de policiers, juges ou encore journalistes, ne sont que trop banals. Toutefois, brisant le silence, un comité des Nations unies contre les disparitions forcées a dénoncé «l’inefficacité» des autorités pour enquêter sur les quelque 95 000 personnes portées disparues au Mexique, ainsi que l’«impunité» dont jouissent les auteurs de ces enlèvements et assassinats, souvent liés au trafic de drogue. «Nous regrettons de constater qu’il y a toujours des disparitions généralisées sur une grande partie du territoire de l’État pour lesquelles, comme nous le signalions dès 2015, prédomine l’impunité», a déclaré à la presse la représentante du comité onusien Carmen Rosa Villa, vendredi, à l’issue d’une visite au Mexique d’une dizaine de jours. Plus d’une centaine de personnes aurait disparu «pendant notre séjour», a ajouté la représentante du comité, arrivée mi-novembre à Mexico. Au total, 95 121 personnes figurent au Registre national des personnes disparues et non localisées. Le comité onusien a critiqué «l’inefficacité» des enquêtes ainsi que «l’arbitraire» des décisions du parquet dans les affaires de disparition, dans un pays où les forces de sécurité et la justice sont suspectées d’être infiltrées par les réseaux criminels du trafic de drogue dans plusieurs des 32 états. «Le Mexique doit adopter une politique nationale de prévention pour éradiquer les disparitions, une politique qui implique toutes les autorités et qui rende effectif le droit des victimes à la vérité, la justice et aux réparations», a déclaré le comité onusien, qui visitait le Mexique pour la première fois. Le comité a estimé que cette première visite marquait une «ouverture» au soutien international de la part du Président Andres Manuel Lopez Obrador, au pouvoir depuis fin 2018. Le nombre des disparitions a explosé autant que les assassinats à partir de 2006, quand l’ex-président Felipe Calderon déclara la guerre totale au narco-trafic. «Le crime organisé reste une des causes principales des disparitions», note Laura Atuesta du Centre d’enquête et d’expertise économique (Cide), dans un grand reportage sur les disparus au Mexique. Des charniers existent dans le nord du pays, d’après la Commission nationale des recherches (CNB) qui estime par exemple que 500 kilos de restes humains ont été retrouvés depuis 2017 près de Matamoros, à la frontière avec le Texas. À Guadalajara, deuxième ville du pays, un carrefour a été rebaptisé rond-point des disparus, avec des photos de jeunes gens qui manquent à l’appel. Guadalajara est le chef-lieu du Jalisco, l’état le plus frappé par les disparitions forcées (plus de 12 000). Mais comme beaucoup d’autres conflits ou précarités à travers le monde, donner l’alerte ne suffira pas à améliorer la situation au Mexique qui est vérolé si profondément que l’on imagine mal comment le pays peut se rétablir sans un refondement total. Mais avec les dizaines de milliards que génère chaque année le trafic de drogue, l’on a du mal à concevoir un changement prochain dans la situation du pays.

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