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jeudi 30 juin 2022

Diplomatie par certains moyens de la guerre

Quiconque suit de près la crise opposant l’Occident à la Russie, à quoi la tension à la frontière entre celle-ci et l’Ukraine sert uniquement d’abcès de fixation, a pu se rendre compte que les officiels américains ne disent plus ces dernières 24 heures que l’attaque russe est imminente mais que toutes les informations en leur possession disent qu’elle est sur le point de s’enclencher. D’ici à ce qu’ils se nuancent encore plus leurs propos, en allant par exemple jusqu’à douter de la véracité de ces informations elles-mêmes, il n’y a peut-être pas loin. En effet, de ce qu’une armée se soit mise en position de mener une offensive, il ne s’ensuit pas qu’elle ait la ferme intention de la lancer, et cela dans pas longtemps. Il existe au moins un cas où cela n’arrivera pas, celui dans lequel cette armée s’est arrangée précisément pour faire croire qu’elle est déterminée à attaquer, qu’elle va le faire bientôt, et même plus tôt encore qu’on ne serait porté à le penser. Mais comment déceler par avance le cas d’une feinte des autres qui ne le sont pas ? Cela n’est possible qu’après coup, c’est-à-dire qu’une fois qu’il est trop tard, soit parce que l’attaque a déjà eu lieu, soit qu’elle ne l’a pas été dans les temps supposés, qu’elle a été ajournée. Mercredi dernier devait être, d’après le renseignement américain, le jour de l’attaque.

Le lendemain seulement, jeudi donc, il devenait possible d’affirmer avec certitude que l’information n’était pas exacte. Pas même fausse, à parler rigoureusement, les Russes pouvant après tout prendre un malin plaisir à faire mentir le pronostic américain, à montrer combien le renseignement américain n’est pas à la hauteur d’une façon générale, à plus forte raison si cette fois-ci il est dans le vrai. Le fait est que depuis plusieurs semaines maintenant se déploie un jeu diplomatique compliqué, fait de manœuvres militaires dans un camp comme dans l’autre, de concentrations, de déplacements et d’envois de troupes et d’armement, certaines d’un continent à l’autre, d’échange de visites, de médiations, de dialogues de la dernière chance, de mises en garde, de promesses de sanctions d’une sévérité sans précédent, de coups de téléphone, de cris et de chuchotements, et au niveau de l’abcès de fixation, c’est-à-dire la frontière russo-ukrainienne, de véritables tirs avec parfois de véritables victimes. Faire le départ entre ce qui est vrai et ce qui est là seulement pour donner le change n’est pas facile. Ce jeu mérite toutefois d’être qualifié de diplomatique, en dépit de ses bruits de bottes parfois dominants, aussi longtemps qu’il continuera d’occuper la scène à lui seul. Il cessera de l’être à l’instant où l’attaque russe se sera produite. Avec désormais pas loin de 200 000 soldats russes massés à la frontière, de surcroît en position d’attaque, s’il faut en croire les Américains, l’invasion de l’Ukraine devrait être aujourd’hui à la fois plus certaine et plus proche dans le temps que lorsqu’il y avait moitié moins de forces prêtes à déferler. Or cela n’est pas nécessairement vrai. Ce n’est pas le nombre des soldats russes qui en l’occurrence est déterminant, mais les déclarations des responsables américains, davantage en tout cas que celles des autres intervenants, y compris celles des Russes. D’ailleurs dans cette affaire, ce que disent ces derniers, ce n’est pas là le plus important, c’est ce qu’ils font qui l’est en revanche. Ayant accompli à peu près tout ce qui à leurs yeux est nécessaire pour convaincre les Américains et leurs alliés qu’à moins de leur donner les garanties de sécurité qu’ils exigent, ils sont près à provoquer un conflit majeur en Europe, les Russes n’ont plus qu’à attendre les réponses de la part de ceux qu’ils continuent d’appeler, il est vrai de moins en moins, leurs «partenaires occidentaux». Après quoi ils aviseront. Ou la désescalade, ou l’escalade, ou l’attaque.

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