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vendredi 2 décembre 2022

Deux attentats, deux coupables, mais une seule riposte

Entre le moment où s’est produite l’explosion sur le pont de Crimée et celui où, en guise de représailles, s’est abattue la pluie de missiles russes sur tout le territoire ukrainien, il ne s’est passé que deux ou trois jours, le temps pour Vladimir Poutine de réunir son conseil de sécurité et d’enclencher la riposte. Moscou a réagi aussi vite et à une aussi grande échelle aussi bien pour punir sévèrement Kiev, à ses yeux le coupable indéniable, que pour le dissuader de recommencer, de s’attaquer à nouveau à une cible située en territoire russe. Or avant l’attentat contre le pont de Crimée, il y a eu le sabotage des gazoducs Nord Stream, une attaque de même nature ou de même inspiration, sauf qu’elle ne s’est pas produite en Russie même. Les deux actions, à l’évidence, ont eu des auteurs différents. Les Russes ont répondu à la plus récente, l’explosion sur le pont de Crimée, mais pas encore à la plus ancienne, le sabotage de Nord Stream, encore que les deux ne soient séparées que de quelques jours, ce qui autorise à penser qu’une coordination a présidé aux deux.

Le sabotage de Nord Stream est probablement l’acte des Etats-Unis, et si ce n’est pas d’eux directement, celui de l’Otan dans son ensemble, ce qui en définitive revient au même. Il est le premier acte étroitement lié à la guerre en Ukraine à se produire hors de celle-ci, même si c’est dans un endroit qui n’en est pas très éloigné. Les fuites de gaz en mer Baltique venaient à peine d’être signalées, et dans le même élan mises sur le compte d’un acte de sabotage, que l’Otan mettait déjà en garde la Russie contre toute envie qu’elle aurait de s’en prendre aux infrastructures énergétiques de ses membres. Une déclaration qui ressemble assez à un aveu de culpabilité. Les Russes en tout cas sont convaincus que c’est elle, ou l’un ou l’autre de ses membres, qui est l’auteur du sabotage. Il se trouve que dans cette affaire c’est le coupable qui mène l’enquête, se faisant fort par-dessus le marché de l’assumer avec toute la rigueur et l’objectivité propres à la police scientifique. On sait par ailleurs que la Russie, c’est-à-dire la victime évidente, n’est pas autorisée par le Danemark et la Suède, les deux pays en charge de l’enquête, à y prendre part, ni même à s’approcher de son bien endommagé. Jusqu’à quand cette plaisanterie va-t-elle continuer ? Il faut bien en effet qu’à un moment ou à un autre les enquêteurs se décident à révéler au public les premiers résultats auxquels ils sont parvenus. Oseront-ils alors aller jusqu’à mettre en cause la Russie, c’est-à-dire jusqu’à accuser la victime ? Ce serait dans ce cas agir ouvertement, scandaleusement contre le bon sens, et même prendre courageusement le risque de faire rire de soi. N’empêche, ce ne serait pas en contradiction avec le fait qu’en l’espèce, c’est le coupable qui mène l’enquête. Quand l’enquête est confiée au coupable, ou sinon directement à lui du moins à des complices à lui, le coupable, ça ne peut être que la victime. Il est une autre question, adressée elle aux Russes, qui est de savoir jusqu’à quand retarderont-ils une riposte qui dans le cas de l’attentat sur le pont de Crimée n’a guère tardé à s’abattre sur le coupable. Une riposte pourtant tout aussi obligatoire, d’une part parce que le coupable est connu d’eux, et que de l’autre il risque de recommencer s’il n’est pas dissuadé suffisamment à l’avance.

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