12.9 C
Alger
samedi 3 décembre 2022

Des lance-roquettes pour l’Ukraine ou sa défaite assurée

Les envois d’armes occidentales en Ukraine sont fonction moins de l’opposition de principe à l’invasion russe que des fortunes changeantes de la guerre. Lorsqu’il allait de soi pour les pays en question, les Etats-Unis tout les premiers, que pour la Russie cette guerre serait une simple promenade de santé, ils n’envisageaient même pas de faire parvenir des armes à l’Ukraine, dont ils n’allaient pourtant pas tarder à dire qu’elle se battait pour l’Occident dans son ensemble ainsi que pour ses valeurs. En effet, l’Ukraine étant de toute façon condamnée à perdre sa souveraineté, quel intérêt y aurait-il à prendre le risque d’entrer dans un conflit armé avec la Russie, une superpuissance nucléaire ? Puis comme ni Kiev ni aucune grande ville d’Ukraine ne tombait, que les troupes russes marquaient le pas sur bien des fronts, malgré la supériorité de leur armement, l’Otan s’était mise à tabler sinon sur une victoire ukrainienne du moins sur une guerre si longue que cela équivaudrait à une défaite pour la Russie. L’exemple le plus significatif de cette évolution, qui n’a guère traîné, c’est peut-être l’Allemagne qui le donne. Elle est passée du refus pur et simple d’envoyer des armes les plus légères à la livraison de canons et de chars.

Il ne semble pas encore qu’elle soit prête à faire le pas suivant, que d’ailleurs même les Américains et les Britanniques hésitent à franchir, qui est de donner aux Ukrainiens les armes qu’ils réclament maintenant avec de plus en plus d’insistance : des lance-roquettes multiples de longue portée, seul moyen pour eux d’opposer au déluge de feu russe s’abattant sur leurs lignes dans le Donbass un contrefeu de puissance comparable. A moins de cet équipement salutaire, tout le Donbass sera perdu, en attendant que la Russie porte son attention sur une autre partie de l’Ukraine, selon toute apparence sur Odessa, à qui elle pourrait bien réserver le même sort qu’au Donbass, à la Crimée, à Marioupol et à Kherson. S’il faut en croire les médias américains, la décision sera prise par la Maison-Blanche dès la semaine prochaine, malgré la mise en garde du Kremlin, signifiée par le truchement d’une journaliste russe dont le point de vue est souvent celui du Kremlin, à savoir que ce dernier le prendrait pour une déclaration de guerre des Etats-Unis. La prise de Marioupol, puis l’encerclement de Severodonetsk, une importante ville industrielle dans Lougansk, sur laquelle l’assaut final peut être donné à n’importe quel moment, ont à nouveau changé le cours de la guerre, ou du moins l’idée que les Occidentaux s’en faisaient. Si ceux-ci pensaient il y a seulement quelques jours que la guerre pouvait être gagnée par l’Ukraine, aujourd’hui leur opinion n’est plus la même. Demain, peut-être se remettraient-ils à croire à une victoire ukrainienne, mais cela ne serait possible que si une fois de plus la guerre changeait de visage. Ce qui se joue en ce moment autour de Severodonetsk, ce n’est pas seulement le sort de cette ville et de ses parages, ni même seulement celui de tout l’est ukrainien, mais l’issue de toute la guerre. Ce ne sont pas des centaines de soldats ukrainiens qui sont encerclés dans Severodonetsk, comme ce fut le cas dans Marioupol, mais des milliers, et qui devront se rendre s’ils sont coupés de leurs arrières. Des milliers se rendant d’un coup, cela ressemblera plus à la perte de la guerre qu’à celle d’une seule bataille. Pour éviter que cela se produise, les Américains et les Britanniques seraient disposés à envoyer ces mêmes lance-roquettes de longue portée réclamés à cor et à cri par les Ukrainiens, quitte pour cela à susciter de la part des Russes une réaction grosse de conséquence pour eux.

Article récent

--Pub--spot_img

Articles de la catégorie

- Advertisement -spot_img