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mardi 3 août 2021

Des dizaines de milliers de téléphones mis sur écoute : Le Maroc impliqué dans un grave scandale d’espionnage

Une quinzaine de médias internationaux ont révélé l’un des plus grands scandales d’espionnage de la décennie, dans lequel est impliqué le Maroc qui a mis sous surveillance des journalistes marocains, une trentaine de professionnels de médias étrangers, ainsi que des responsables politiques de différents pays. En effet, le Maroc s’est empêtré dans une nouvelle affaire d’espionnage à l’aide d’un logiciel israélien nommé «Pegasus», prouvant ainsi des informations récurrentes sur une collaboration avec Israël dans le domaine de l’espionnage remontant à soixante ans.

Par Meriem Benchaouia

Sur les 50 000 numéros pistés, le Maroc, à lui seul, a pu accéder au contenu de dix mille téléphones, dont plus de 6 000 appareils de communication appartenant à des Algériens, entre «responsables politiques, militaires, hauts fonctionnaires, diplomates étrangers en poste ou militants politiques», selon le quotidien «Le Monde», membre du Consortium de médias à l’origine de l’enquête. Et dans cette opération de surveillance, «le Maroc ne s’est pas limité au (seul) territoire algérien». Selon la même source, «les numéros présumés de citoyens algériens, diplomates pour la plupart, ont été visés un peu partout dans le monde». Depuis la révélation par Amnesty International, en 2020, de l’infection du téléphone du journaliste marocain d’investigation Omar Radi par le même logiciel espion, les journalistes marocains indépendants se doutaient bien qu’ils pouvaient être ciblés, eux aussi, par le programme de surveillance commercialisé par l’entreprise israélienne NSO Group, régulièrement accusé de faire le jeu de régimes autoritaires. Les listes de numéros de téléphone sélectionnés comme des cibles potentielles ont montré, selon l’enquête, que le régime marocain a utilisé Pegasus pour viser, de manière systématique, des journalistes critiques du pouvoir, et des dirigeants des grandes rédactions du pays. Le scandale qui vient d’éclater avait été évoqué par le Pr Ammar Belhimer, actuellement ministre de la Communication, dans une chronique intitulée «L’œil du Mossad», parue en date du 26 novembre 2019 sur les colonnes du quotidien «Le Soir d’Algérie». Le Pr Belhimer avait relevé, notamment, dans son écrit que «les armes de l’ère numérique développées par Israël pour opprimer les Palestiniens sont rapidement réutilisées pour des applications beaucoup plus larges contre les populations occidentales qui ont longtemps pris leurs libertés pour acquis». Les Occidentaux doivent déchanter, en effet, quand on sait qu’un «big brother» lilliputien a acquis le pouvoir de suivre le moindre de leurs gestes ou de leurs paroles.

Un agissement «inacceptable» selon l’UE
L’affaire Pegasus d’espionnage de militants, journalistes et opposants du monde entier est «complètement inacceptable» si elle est avérée, a affirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. «Cela doit être vérifié», mais si c’est vrai «c’est complètement inacceptable», a déclaré la responsable à des journalistes à Prague. «La liberté de la presse est une valeur centrale de l’Union européenne», a affirmé Mme Von der Leyen. De son coté, le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, a considéré les faits «extrêmement choquants, et, s’ils sont avérés, (qui) sont extrêmement graves». «Nous sommes extrêmement attachés à la liberté de la presse, donc c’est très grave d’avoir des manipulations, des techniques qui visent à nuire à la liberté des journalistes, leur liberté d’enquêter, d’informer», a-t-il ajouté. Selon une enquête publiée dimanche par un consortium de dix-sept médias internationaux, le logiciel Pegasus, élaboré par l’entreprise sioniste NSO Group, aurait permis d’espionner les numéros d’au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d’entreprise. Les données analysées par les rédactions du «Projet Pegasus», dont les quotidiens français «Le Monde», le britannique «The Guardian» et l’américain «The Washington Post», ne sont pas exhaustives. Elles semblent ne couvrir qu’une dizaine de pays clients de ladite société NSO, alors que l’entreprise affirme en compter une quarantaine.

Macron parmi les cibles du Maroc
Des numéros du Président Emmanuel Macron et de membres du gouvernement français, dont l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, ont été visés en 2019 par le Maroc, selon l’organisation Forbidden Stories, un consortium de médias à l’origine des révélations sur le logiciel de surveillance Pegasus. Des numéros du Président Emmanuel Macron et de membres du gouvernement figurent sur une liste de cibles potentielles du logiciel Pegasus, utilisé par certains États pour espionner des personnalités, a déclaré, mardi 20 juillet, Laurent Richard, directeur de l’organisation Forbidden Stories, confirmant une information du «Monde». Le quotidien a révélé que ces numéros figuraient «dans la liste des numéros sélectionnés par un service de sécurité de l’État marocain, utilisateur du logiciel espion Pegasus, pour un potentiel piratage».
M. B.

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