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vendredi 9 décembre 2022

Dérive

Si la Turquie semblait ces deux dernières années renouer avec l’ambition d’adhérer à l’Union européenne, les décisions prises par le président Recep Tayyip Erdogan continuent d’être une lourde entrave à l’intégration d’Ankara. En effet, une fois encore le Conseil de l’Europe a fustigé la Turquie cette semaine concernant le projet de loi turc pénalisant la «désinformation», actuellement examiné par Ankara, estimant qu’il constitue une «entrave» à la liberté d’expression, garantie par la Convention européenne des droits de l’homme. Dans un «avis conjoint urgent» publié vendredi soir avec la Direction générale des droits de l’homme et de l’État de droit, la Commission de Venise indique «être inquiète des conséquences potentielles du texte», notamment d’un risque de «renforcement de l’autocensure» dans la perspective des prochaines élections, en juin 2023. Si ce groupe consultatif, chargé des questions d’État de droit au sein du Conseil de l’Europe, reconnaît la nécessité de combattre les campagnes de désinformation, il estime qu’il existe déjà dans l’arsenal juridique turc des textes visant «les aspects les plus dangereux des informations fausses ou trompeuses et qu’il n’y a pas de besoin social impérieux d’adopter un texte porteur d’éventuelles restrictions arbitraires de la liberté d’expression». Le projet de loi prévoit notamment de punir d’un à trois ans de prison la «propagation d’informations trompeuses» et de priver de leur carte de presse les journalistes reconnus coupables de ce délit. L’avis du Conseil de l’Europe estime que le texte turc contrevient ainsi à l’article 10 de la Convention qui garantit la liberté d’expression. Cet avis sera soumis pour adoption à la prochaine session plénière de la Commission de Venise les 21 et 22 octobre prochains. Déposé au Parlement par les députés du parti au pouvoir (AKP) fin mai, le projet de loi turc a été adopté en septembre par deux commissions parlementaires. Mardi dernier, alors que l’examen du texte devant le Parlement turc à Ankara débutait, plusieurs associations et syndicats de journalistes avaient protesté, voyant dans le projet de loi une tentative de censure de la part des autorités. À moins d’un an des élections présidentielle et législatives prévues en juin 2023, le chef de l’État turc, Recep Tayyip Erdogan, tente d’exercer plus de contrôle sur la presse et les réseaux sociaux, estiment des observateurs. Des ONG dénoncent régulièrement l’érosion de la liberté de la presse en Turquie, qui pointe à la 149e place sur 180 du classement 2022 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF). Ainsi, le gouvernement turc semble ces dernières années hésiter entre ses deux aspirations, l’autoritarisme et une adhésion à l’UE. Or, en donnant libre cours à ses penchants les moins démocratiques, Ankara risque de fermer définitivement la porte à une entrée au sein de la zone euro et de surtout donner de nouvelles raisons à ses détracteurs européens de refuser plus de coopération. Mais les électeurs turcs ont aussi leur part de responsabilité dans la dérive autoritariste de leur pays et auront l’opportunité, l’année prochaine, de changer la donne en changeant leurs élus et surtout leur président qui, pour sa part, semble décidé à rester en place pour encore plusieurs mandats.

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