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mercredi 7 décembre 2022

Démission

Emmanuel Macron semble incapable de présenter un gouvernement qui ne provoque pas de polémiques. Après avoir remanié le gouvernement suite aux élections législatives, certaines nouvelles têtes sont déjà pointées du doigt. Après Damien Abad, accusé d’agressions sexuelles et finalement écarté à l’occasion du remaniement, c’est aujourd’hui la présence de Caroline Cayeux, ministre des Collectivités territoriales, au gouvernement, qui «est incompatible avec l’idéal ou les valeurs que porte la République», a affirmé ce samedi Jack Lang, ancien ministre de la Culture et président de l’Institut du Monde arabe. Il fait partie de la centaine de personnalités de tous horizons, y compris de la majorité présidentielle, qui dénonce, dans une tribune publiée dans le JDD, les «propos homophobes» de la membre du gouvernement. Caroline Cayeux a suscité la polémique cette semaine en répondant à Public Sénat, qui l’interrogeait sur d’anciennes déclarations datant de 2013 «sur le mariage pour tous et l’adoption pour les couples de même sexe, qualifiées de réforme de caprice et de dessein qui va contre la nature». La ministre a d’abord dit : «Je maintiens évidemment mes propos. Mais j’ai toujours dit que la loi, si elle était votée, je l’appliquerais». Et d’ajouter : «Je dois vous dire quand même j’ai beaucoup
d’amis parmi ces gens-là. Franchement, c’est un mauvais procès qu’on me fait et ça m’a beaucoup contrariée». «Il y a une incontestable incompatibilité absolue et radicale, entre cette personne et la philosophie qui est exprimée aujourd’hui par le président et la Première ministre». «Cela me paraît évident qu’elle doit démissionner», insiste Jack Lang. La tribune intitulée «À tous ces gens-là» exprime, selon lui, «avec clarté et force le sentiment de beaucoup de citoyens. Comment une ministre de la République, qui doit normalement respecter un devoir d’exemplarité, peut-elle bafouer la loi de la République ?». L’ancien ministre rappelle que «la loi de la République, c’est que l’homosexualité a été, depuis François Mitterrand, dépénalisée. La loi de la République, c’est l’instauration du mariage pour tous, qui a été confirmée par plusieurs gouvernements». Caroline Cayeux, la ministre des Collectivités territoriales «n’a plus la place dans ce gouvernement», abonde Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la maire de Paris et président d’Élus locaux contre le sida, lui aussi signataire du texte. Il trouve les déclarations de Caroline Cayeux «extrêmement choquantes». Jeudi, la ministre avait tenté un mea culpa dans les colonnes du «Parisien/Aujourd’hui en France» après avoir appris l’existence de la tribune du JDD. «Il y a un problème dans la parole publique. Les responsables politiques doivent avoir une parole responsable. Si, quand il y a dérapage, on s’excuse et on tourne la page, ça ouvre la page des dérapages permanents», estimait hier le député de majorité de Côte d’Or, Benoît Bordat, autre signataire. Le député de la majorité ne demande toutefois pas formellement la démission de Caroline Cayeux : «Ce n’est pas à moi de demander sa démission, elle doit prendre ses responsabilités. En août, on célébrera les 40 ans de la dépénalisation de l’homosexualité. On a l’impression, en 2022, d’avoir un retour en arrière, avec des propos tenus en 2012 qui ont blessé beaucoup de monde, alors je ne pouvais pas rester silencieux face à ces propos-là». Toutefois, l’on peut estimer que le président qui a choisi Cayeux pour intégrer le gouvernement était parfaitement au courant du passif de sa nouvelle recrue et qu’il s’attendait à cette nouvelle polémique. Reste à voir si son ampleur poussera néanmoins la ministre à démissionner, ou même si Elisabeth Borne prendra la responsabilité de la remercier ou si Cayeux restera au gouvernement contre vents et marées, comme d’autres l’on fait avant elle.

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