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samedi 3 décembre 2022

Déjà en guerre ou encore en paix ?

Il y a déjà bien sûr la guerre en Europe, et bientôt une circonstance aggravante, avec quoi il faudra de toute façon compter : l’hiver, souvent rude sur ce continent. Quand il aura vraiment débuté, il y aura pour ainsi dire deux Europe, une qui sera dans l’ensemble bien chauffée, et une autre qui le sera moins bien, essentiellement pour cause de pénurie d’énergie. Celle-ci ne sera pas due à des difficultés d’approvisionnement pour fait de guerre, mais aux sanctions prises par l’Union européenne contre la Russie pour son invasion de l’Ukraine. Cette Europe risque de ne pas être seulement mal chauffée, mais de souffrir carrément du froid, à plus forte raison si la saison se veut inclémente. Dans ce cas, les réserves de gaz, à leur plus haut point pour l’heure, si bien que les prix ont baissé, auront tendance à diminuer rapidement, avec la possibilité d’une grande pénurie au cœur d’un hiver réfrigérant. Les Russes eux de toute façon seront bien au chaud, de même que les Ukrainiens, si toutefois les approvisionnements russes se poursuivent, ce scénario étant d’ailleurs le plus probable, vu que l’envahisseur russe menace de toutes les armes mais pas de celle-là.

Les grandes victoires militaires de la Russie sont associées à l’hiver, terrible dans ce pays, une première fois contre l’envahisseur français, une deuxième contre l’envahisseur nazi. Le général Hiver a été dans les deux cas le meilleur atout des forces russes. Mais alors la guerre se déroulait sur son sol. Ce qui n’est pas tout à fait le cas aujourd’hui. L’Europe peut certes demander des sacrifices à ses populations dans des situations sortant de l’ordinaire. Encore faut-il que ses dirigeants appellent un chat un chat. Est-elle en guerre, ne l’est-elle pas ? Si elle l’est, ses peuples s’en feront une raison. Si elle ne l’est, et officiellement elle ne l’est pas, ces mêmes peuples pourront mal le prendre. Ils pourront même se révolter si leurs conditions de vie se dégradent dangereusement. En Russie aussi, les choses ne se présentent pas bien à tous égards, il s’en faut, même si ce n’est pas le froid que les Russes ont le plus à craindre. Le fait de dire qu’on n’est pas en guerre puis de décréter la mobilisation, de but en blanc, serait-elle partielle, suscite ici et là dans le pays des réactions de rejet, et d’autres peut-être seulement d’incompréhension. Pour le moment, les seuls qui ne se posent pas la question de savoir s’ils sont déjà en guerre ou encore en paix, ce sont les Ukrainiens, qu’ils relèvent d’ailleurs de Kiev ou de Moscou. Eux tous savent qu’ils vont en voir de toutes les couleurs, indépendamment du niveau des températures. Une guerre préventive n’est pas nécessairement mobilisatrice. Une invasion, si. Les Ukrainiens partisans de Kiev n’ont plus le choix, il faut qu’ils se défendent. On peut en dire autant des Ukrainiens prorusses, menacés aussi bien dans leur liberté que dans leur vie par les premiers. Tous les autres, qu’ils soient Ukrainiens, Russes ou Européens sont dans le flou et l’expectative. Ils en sont encore à se demander où ils en sont : déjà en guerre ou encore en paix. Voilà qui en effet n’est pas très mobilisateur. Mais si l’hiver est très froid, et qu’ils aient du mal à se procurer l’antidote, force leur sera d’admettre qu’ils sont bien en guerre.

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