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dimanche 3 décembre 2023

De l’avantage qu’il y a à pouvoir parler aux deux camps libyens

Parmi tous les pays interférant dans la crise libyenne, il en est deux qui semblent plus impliqués que les autres, dans le même temps qu’ils y poursuivent des buts diamétralement
opposés : l’Egypte et la Turquie. Chacun ne s’estimerait avoir pris le dessus sur l’autre que s’il parvenait à forcer son adversaire à quitter la scène libyenne. Un objectif jusqu’à présent hors d’atteinte pour l’un comme pour l’autre. Néanmoins, comme l’Egypte partage des frontières terrestres avec la Libye, qui elles sont inamovibles, à la différence de la Turquie qui n’en possède que de maritimes, c’est cette dernière qui semble devoir mettre fin en premier à sa présence militaire en Libye, à moins que les développements futurs de la crise ne lui concèdent un avantage difficilement réversible. Aucun des autres pays impliqués à un titre ou à un autre en Libye ne l’est au point que ses relations futures avec ce pays dépendent de la victoire de l’un des deux camps libyens en conflit. Aucun des pays maghrébins n’est à ce point engagé aux côtés d’un camp libyen plutôt que d’un autre qu’il aurait tout à gagner ou au contraire tout à perdre suivant que ce soit ses alliés libyens ou leurs adversaires qui finalement prennent le dessus. Tous auraient plutôt tout à gagner dans le cas où les Libyens surmontaient leurs différends d’une façon à ce que justement il n’y ait ni vainqueurs ni vaincus. On peut dire que sur ce point ils sont d’accord.

L’Algérie et la Tunisie sont d’ailleurs en concertation permanente à ce propos. On ne connait pas par ailleurs de désaccord si petit qu’il soit entre la Tunisie et le Maroc sur le même sujet. Ainsi donc, les pays, qui avec la Mauritanie, sont les plus proches en même temps que les plus concernés par ce qui se passe chez un des membres de leur ensemble politique, et dont l’entente en l’occurrence aurait été déterminante dans la résolution de la crise, se trouvent réduits à un rôle d’appoint, de second ordre autrement dit, par rapport à celui qu’y tiennent des Etats lointains, comme la Turquie, le Qatar, les Emirats, la Russie, la France et l’Italie, pour ne parler que de ceux dont la main est la plus visible. De tous ceux-là, il n’y aurait que l’Egypte qui de par la géographie aurait quelque droit de s’en mêler. Si demain la crise venait à s’envenimer, ce ne sont pas les Maghrébins qui se trouveraient en première ligne, mais selon toute apparence l’Egypte et la Turquie, dont les intérêts sont particulièrement divergents. Pour autant leurs situations en Libye ne sont pas parfaitement symétriques. Bien qu’elle soutienne un camp plutôt qu’un autre en Libye, l’Egypte n’a pas perdu la faculté de parler aux deux. La preuve en a été faite récemment avec l’envoi à Tripoli d’une importante délégation égyptienne, laquelle a abordé avec le gouvernement d’entente nationale de Fayaz el-Serraj des questions aussi importantes que celles de la réouverture de la représentation égyptienne et le rétablissement des vols aériens entre les deux pays. On n’imagine pas la Turquie accomplir la même démarche en direction du gouvernement de Tobrouk. Pas plus qu’on ne puisse le faire d’ailleurs s’agissant du Qatar, ou à l’inverse, des Emirats vis-à-vis de Tripoli. Cette capacité de parler aux deux camps, elle n’a fait défaut à aucun des pays maghrébins, qui à la différence de l’Egypte sont restés neutres dans la crise libyenne. Parce qu’elle ne peut parler aux deux camps libyens, mais seulement à l’un d’eux, la Turquie, sans l’intervention pourtant de laquelle Tripoli serait tombé, est condamnée à voir son influence se résorber dès lors qu’une issue politique à la crise aura été trouvée.

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