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vendredi 9 décembre 2022

De guerre préventive à guerre de conquête

Tant que de leur point de vue il y avait encore possibilité de trouver un terrain d’entente avec les Ukrainiens, les Russes n’ont procédé à aucune annexion chez leurs voisins, même s’ils reconnaissaient déjà les deux républiques autoproclamées de Lougansk et de Donetsk. Depuis la contre-offensive qui les a forcés à se retirer des territoires qu’ils occupaient dans la région de Kharkiv, d’Izioum et de Kupiansk notamment, ils en sont venus à vouloir annexer non seulement les deux régions qui s’étaient déjà détachées de l’Ukraine, et demandaient leur rattachement à la Russie, mais également Zaporijjia et Kherson, que pourtant ils ne contrôlent pas entièrement, ce qui d’ailleurs est aussi le cas de Donetsk, dont 40 % leur échappe à ce jour. Dans ce but, quatre référendums sont organisés par eux depuis vendredi, qui doivent prendre fin dans deux jours, sur un résultat connu d’avance. Ces référendums ne portent pas sur la même question. Dans le Donbass, il est demandé aux électeurs de se prononcer en faveur ou non de leur rattachement à la Russie, sans plus.

Alors que dans les deux autres régions, ce sont deux questions qui leur sont posées : la première leur demandant s’ils veulent se séparer de l’Ukraine, et la deuxième s’ils veulent leur rattachement à la Russie. Dans le langage officiel russe, Zaporijjia et Kherson sont des territoires libérés, à la différence de Lougansk et de Donetsk, qui sont déjà des Etats indépendants de l’Ukraine, et qui en plus sont en guerre contre elle. Il a déjà été dit ici que selon toute apparence, les Russes garderont les territoires qu’ils auront conquis moyennant un coût humain important, mais qu’au contraire ils auront tendance à rendre à l’Ukraine des terres occupées par eux sans de grosses pertes. Les référendums de rattachement en cours ne sont pas pour démentir ce point de vue. Ils disent autre chose non moins essentielle cependant : c’est que probablement il en sera de même dans la suite de cette guerre. De même que Kherson et Zaporijjia, les territoires qui seront libérés à
l’avenir seront annexés. On se demandait l’autre jour quel était le véritable but de guerre de Moscou, sachant que celui de Kiev ne pose pas problème : libération de tous les territoires occupés, la Crimée, la plus anciennement envahie, plus particulièrement. On le sait maintenant, c’est l’occupation de toute l’Ukraine, un objectif qu’elle n’avait pas nécessairement au départ, mais qui s’est imposée à elle au cours de ces sept mois de guerre. Celle-ci a donc changé à la fois de nature et de dimension. Ce qui était du point de vue russe une guerre préventive, entreprise pour empêcher l’Ukraine de rejoindre un jour l’Otan, est devenue une guerre de conquête, bien que le but ultime soit resté le même : mettre l’Ukraine hors de portée de l’élargissement à l’est de l’Otan, lequel constitue la véritable cause de cette guerre, une opinion professée par à peu près tout ce que l’Occident compte encore d’esprits indépendants. Cette guerre n’a rien d’impérialiste, étant purement défensive. C’est le cours des événements, la force des choses, la réaction naturelle de l’Ukraine à l’invasion, mais davantage encore l’engagement total de l’Otan à ses côtés, qui l’a transformée en guerre de conquête. Encore faut-il attendre la suite des événements pour en obtenir confirmation. La Russie annexe contre son intention première, qui était de forcer la main à Kiev sur la question de l’intégration à l’Otan, l’ennemie véritable. Il semble bien toutefois que cette question soit déjà dépassée.

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