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mercredi 1 février 2023

Dans le cas d’une victoire russe, les Occidentaux auront plus à perdre que les Ukrainiens

La prise de Soledar par les Russes, plus exactement par le groupe Wagner, c’est-à-dire pas même par l’armée régulière russe, reporte les combats les plus acharnés sur Bakhmout, dans Donetsk, disputée férocement depuis maintenant plusieurs mois, avec de part et d’autre des avancées et des reculs, et sans doute de grosses pertes dans les deux camps. La bataille de Soledar, dont les Ukrainiens continuent de dire qu’elle n’est pas terminée, mais dont tout indique qu’elle est perdue par eux, n’est en réalité qu’une extension momentanée de celle de Bakhmout. Par rapport à celle-ci, c’est une sorte d’escarmouche, peut-être même une manœuvre de diversion ou une feinte, destinée par ses initiateurs, quels qu’ils soient, Russes ou Ukrainiens, à y attirer une partie des forces de l’ennemi, que celui-ci prendrait là où en fait elles seraient plus utiles. Mais dès l’instant où cette bataille secondaire a éclaté, l’attention de tout le monde s’est concentrée sur elle, faisant d’elle l’épicentre de la guerre, alors qu’elle n’est qu’une flammèche échappée d’un brasier encore actif se trouvant dans sa proximité.

Maintenant que ce feu dérivé va s’éteindre, l’enfer va reprendre avec une fureur accrue à Bakhmout, mais cette fois-ci avec des Russes avançant vers son centre d’un côté supplémentaire, jusque-là fermé pour eux, résultat de leur prise de Soledar. C’est ce moment qu’ont choisi des membres de l’Otan, la France la première, qui s’en flatte, pour se décider à envoyer des chars légers à l’armée Ukrainienne. Comme si cela pouvait changer quelque chose au cours de la guerre. Tout ce que les Ukrainiens ont pu réaliser aux cours de ces dix mois d’affrontements sans merci, ils le doivent à leur détermination, à leur combativité, bien plus qu’à l’aide militaire des Occidentaux, aussi importante qu’elle soit. Les Occidentaux auraient déjà perdu cette guerre s’il n’y avait les Ukrainiens pour la mener à leur place, mais il est vrai également pour eux-mêmes. Ils se décident enfin à leur envoyer quelques chars légers, alors que c’est des centaines de chars lourds, peut-être même plus, que cette guerre exige. Si l’Ukraine acceptait aujourd’hui de négocier la paix, elle perdrait les quatre territoires annexés par la Russie. Mais elle garderait tous ceux qu’elle pourrait perdre si la guerre se poursuivait. Ce que les Occidentaux perdraient leur coûterait bien plus cher. Ce serait dans un premier temps la fin de l’élargissement de l’Otan vers les frontières russes, la véritable cause de la guerre, et dans un deuxième son éclatement, les Etats-Unis se voyant alors infliger cette même défaite stratégique promise à la Russie au début de la guerre, et se retrouvant par suite dans l’incapacité de maintenir leur leadership sur l’Europe. Avant le conflit, l’Ukraine n’appartenait ni à l’Otan ni à l’Union européenne. Passé le conflit, elle ne serait toujours membre ni de l’une ni de l’autre. Elle serait amputée d’une partie de son territoire, mais elle continuerait d’exister en tant qu’Etat souverain. Dans le cas d’une victoire russe, d’ailleurs le scénario le plus probable, même s’il n’est pas encore tout à fait certain, la négociation pourrait déboucher sur une relation pacifiée avec la Russie, ce qui le cas échéant serait un retour à la situation d’avant 2014. Ce que perdraient ses alliés occidentaux dans le cas d’une défaite serait bien plus dramatique pour eux, et il serait sans remède aucun.

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