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samedi 1 octobre 2022

Corée du Sud: Les outsiders de l’élection présidentielle

D’un riche homme d’affaires désireux d’unifier la péninsule coréenne à un ouvrier automobile en quasi-faillite qui propose le socialisme aux masses, le choix ne manquera pas demain sur les bulletins de vote sud-coréens pour l’élection présidentielle.

Par Mourad M.

Sur les 12 candidats en lice, seuls deux – les représentants des principaux partis politiques du pays – ont une réelle chance de l’emporter. Mais les postulants des petits partis refusent d’abandonner leurs rêves.
Quatrième économie d’Asie, la Corée du Sud est séparée de son voisin communiste depuis la guerre de Corée, dans les années 1950.
Bien que les principaux partis sud-coréens diffèrent dans leur approche de la Corée du Nord, le Parti démocratique (gauche) privilégiant le dialogue contrairement au Parti du pouvoir au peuple (PPP, droite) plus belliqueux, aucun ne propose la réunification. C’est pourtant ce que promet le candidat Lee Kyeung-hee, du Parti de l’unification coréenne, qui depuis près de dix ans a investi des fortunes dans la course à la fonction suprême.
«L’unification est la question la plus importante», dit cet homme d’affaires à l’AFP, ajoutant que la Corée du Sud a atteint les limites de sa croissance économique en tant que nation divisée.
Le président sortant, Moon Jae-in, a multiplié les inititiaves diplomatiques en direction du leader nord-coréen Kim Jong Un. Il a tenu avec lui trois sommets intercoréens. Il a également participé aux rencontres entre M. Kim et le président américain de l’époque, Donald Trump.
Mais depuis l’échec du sommet de Hanoï entre MM. Kim et Trump en 2019, les négociations sont au point mort et Pyongyang a renforcé son arsenal.
M. Lee a déclaré que s’il était élu à la présidence, il «organiserait un sommet intercoréen chaque mardi à dix heures».
Richissime, ce candidat indépendant a financé ses campagnes avec ses propres deniers, contrairement au candidat du Parti travailliste, Lee Baek-yoon, qui explique avoir dû contracter des prêts bancaires.
Du «don» que chaque candidat doit faire pour figurer sur le bulletin de vote au coût des affiches, des bannières et des tracts, se présenter aux élections coûte cher, et l’État ne rembourse les frais de campagne que si le candidat remporte au moins 15 % des voix.
Lee Baek-yoon a déclaré à l’AFP avoir dépensé toutes ses économies pour sa candidature.
Le principal parti sud-coréen, le PPP, s’appuie sur un programme semblable à celui du Parti républicain américain, notamment en matière fiscale, tandis que le Parti démocratique est favorable à une augmentation des dépenses sociales de l’État.
Mais aucun des deux ne remet en cause les puissants «chaebol» sud-coréens, les conglomérats familiaux tels que Samsung. «Une société exclusive réservée aux 1 % des plus riches a été créée ces dernières décennies en raison d’une structure monopolistique centrée sur les chaebols», dénonce Lee Baek-yoon.Son programme est très impopulaire dans ce pays obsédé par le statut social. Alors qu’il était interviewé par l’AFP, il a été attaqué à plusieurs reprises par des électeurs qui lui disaient d’«aller en Corée du Nord».
Même s’il ne s’attend pas à obtenir plus de 5 % des voix, il refuse d’abandonner, affirmant que son principal objectif est simplement d’«informer un peu plus les gens sur le nouveau monde du socialisme».
Oh Jun-ho, du Parti du revenu universel, estime que la Corée du Sud, hautement modernisée, où les robots effectuent déjà une part importante des tâches sur les chaînes de production, est l’endroit idéal pour tester un revenu de base universel.
«Les robots nous volent nos emplois», déclare-t-il à l’AFP, lors d’un petit rassemblement auquel participaient cinq partisans.
Il entend donner à chaque Sud-Coréen 650 000 wons (530 dollars américains) par mois.
«L’État doit garantir un revenu de base qui assurera la stabilité de nos vies», a-t-il déclaré, ajoutant que cela aiderait également à surmonter «la polarisation et
l’inégalité». Dans le système électoral uninominal du pays, qui garantit pratiquement qu’un des candidats présentés par les deux principaux partis remportera le vote de demain, il n’y a «pas de terrain de jeu égal», dit-il.
«La triste réalité de la structure politique et électorale actuelle de la Corée du Sud est que tous les votes qui ne soutiennent pas les deux grands partis n’ont aucun sens», ajoute-t-il à l’AFP.
Même s’il n’a pratiquement aucune chance de gagner, M. Oh estime qu’il est «essentiel pour le développement de la démocratie» qu’il se présente.
Shin Yul, professeur de sciences politiques à l’université Myongji, estime que les candidats des partis mineurs gagneraient à se concentrent sur les élections législatives.
Au Parlement, «les petits partis peuvent jouer un rôle très important», dit M. Shin, tandis qu’il est «presque impossible pour eux de remporter les élections présidentielles».
M. M.

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