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lundi 26 septembre 2022

Contrat

Il y a tout juste une année la relation diplomatique entre la France et l’Australie traversait une zone de turbulence inédite suite à la rupture soudaine du « contrat du siècle » pour la construction de sous-marins aux dépens de Paris. Douze mois après que Camberra a rompu unilatéralement le contrat de 90 milliards de dollars avec la France optant finalement pour une alliance avec les États-Unis et le Royaume-Uni, un rapprochement s’opère aujourd’hui entre les deux pays, et la France pourrait finalement construire les submersibles. En effet, les chantiers navals des nouveaux alliés américains et britanniques de l’Australie sont submergés par les commandes et ne semblent plus en capacité de livrer dans les délais les sous-marins nucléaires promis. Tant et si bien que les experts militaires estiment que l’alliance « Aukus » (Australie-UK-US) a fait perdre dix ans à l’Australie, le contrat français prévoyant une livraison à partir de 2030 quand les alliés de Canberra ne proposent désormais plus qu’une livraison à l’horizon 2040. La France de son côté, visiblement peu rancunière, se serait repositionnée et aurait proposé au mois de juillet, par la voix d’Emmanuel Macron lors d’une rencontre avec le nouveau Premier Ministre australien Anthony Albanese, de construire quatre sous-marins. Une construction qui n’aurait toutefois pas lieu en Australie comme prévu dans le contrat rompu, mais finalement en France du côté de Cherbourg. Pour rappel, la France et l’Australie avaient signé en décembre 2016 un gigantesque contrat de 56 milliards d’euros pour la fourniture de douze sous-marins conventionnels, dérivés des futurs sous-marins nucléaires français « Barracuda ». Mais en septembre 2021, l’ex-Premier ministre Scott Morrison avait annoncé que son pays allait finalement se doter de sous-marins à propulsion nucléaire dans le cadre du nouveau partenariat Aukus avec les États-Unis et le Royaume-Uni, annulant ainsi le contrat français. Paris avait dénoncé « un coup dans le dos » et rappelé son ambassadeur, ouvrant une crise diplomatique. Mais depuis, un réchauffement très sensible des relations franco-australienne a eu lieu, notamment avec le versement de 555 millions d’euros de pénalité pour la rupture du contrat ainsi que la visite d’Anthony Albanese à Paris début juillet. Début septembre, déjà, le vice-Premier ministre australien Richard Marles avait ouvert la porte à un rapprochement avec la France en matière d’équipements militaires. « Nous entrons dans une période d’augmentation de notre budget de la défense, de modernisation de notre armée, et nous sommes confiants et optimistes quant au rôle crucial que l’industrie française de l’armement peut jouer en Australie pour mener à bien cette tâche », avait expliqué le ministre, arrivé au pouvoir au printemps 2022 après la victoire des Travaillistes aux élections législatives et donc la défaite de Scott Morrison, le Premier Ministre responsable du revirement sur les sous-marins. « La base industrielle française est à la disposition du gouvernement australien », avait immédiatement approuvé le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, saluant un « réchauffement spectaculaire de la relation » avec l’Australie, un an après l’affaire Aukus. Prochain rendez-vous en mars désormais, date à laquelle Richard Marles doit dévoiler la stratégie du pays concernant les sous-marins. Les français semblent ainsi prioriser l’aspect économique dans cette affaire plutôt que diplomatique, n’hésitant pas ainsi à fermer les yeux sur la terrible humiliation qu’a subi Paris en septembre 2021. Certes, le Premier ministre et la gouvernement australien ont changé depuis l’année dernière, mais l’État-major est lui bien le même.     

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