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mardi 28 juin 2022

Constat alarmant du néphrologue Pr Rayane: 10 000 patients en attente d’une greffe rénale

La greffe rénale patine en Algérie. Pas moins de 10 000 personnes souffrant d’insuffisance rénale sont en attente d’une greffe depuis des années. Pour le Professeur Tahar Rayane, passer d’une moyenne de 300 greffes annuellement à seulement 20 transplantations effectuées en 2019, est un déficit énorme.

Par Louisa Ait Ramdane

Après des prouesses enregistrées depuis sa création, l’activité de greffe des organes patine ces dernières années. Entre diagnostic et prise en charge, ils sont 10 000 insuffisants rénaux en attente d’une greffe. Un constat alarmant au vu du grand retard qu’accuse l’Algérie en matière de greffe du rein.
Selon le Professeur Tahar Rayane, le nombre d’interventions demeure réduit par rapport aux moyens matériel, humain et expérimental disponibles. «On patine», a-t-il dit, aspirant à une reprise progressive mais timide.
Invité de la rédaction de la Chaîne 3, l’ex-chef service de néphrologie, dialyse et transplantation rénale, le Professeur Rayane impute ce recul à plusieurs facteurs inhérents à la spécialité. «A cause de ces facteurs intrinsèques, la spécialité de transplantation rénale n’a pas avancé», a-t-il affirmé.
Le premier facteur qui a gravement freiné l’activité à travers tous les services en la matière au niveau des hôpitaux respectifs est la pandémie de coronavirus, a indiqué Professeur Rayane. Le Covid-19 ne permet pas de pratiquer pour des raisons évidentes telles la réticence des patients devant la contagion ou les suites d’un tel acte sur un organe noble comme le rein qui est étroitement lié à l’immunité de l’être humain. «On a eu pas mal de pertes de sujets en post-greffe», a révélé l’intervenant. Selon ses dires, «une centaine de patients sont morts du Covid, dont des dialysés, après des opérations chirurgicales. Mais il n’y a pas que…», a-t-il déploré. L’instabilité du personnel qui frappe les équipes spécialisées est l’autre facteur cité par le Professeur Rayane qui freine l’activité de greffe des organes. «Certes basée nécessairement sur les néphrologues, l’activité chirurgicale médicale est multidisciplinaire et si les équipes chargées de cette activité sont réduites par le départ dans les rangs de néphrologues, elles vont être obligatoirement handicapées, voire empêchées d’activité», a expliqué le Professeur. De même sur le plan chirurgical. «Si le chirurgien quitte cette activité, pour une raison quelconque, cela impacte négativement la chaîne des intervenants, et cela est valable pour les auxiliaires paramédicaux», a détaillé l’invité de la rédaction. Cette instabilité est due également au départ des spécialistes de rang professoral à l’issue des concours de chefferie qui détournent immanquablement les spécialistes de leur première vocation vers une activité managériale, a-t-il ajouté. Selon lui, «il y a eu beaucoup de départs de néphrologues, de chirurgiens et de paramédicaux à l’étranger, et là on n’y peut rien», s’est lamenté Pr Rayane, précisant que «le problème est beaucoup plus bureaucratique que médical». Pour lui, la solution est de mettre désormais certains paramètres pour réorganiser la discipline et bien juguler le personnel médical nécessaire en fonction des besoins départementaux afin d’améliorer une situation désastreuse. Car, a-t-il expliqué, le départ d’un spécialiste de cette activité vers d’autres services nuit profondément aux équipes formées à cet effet. Enfin, l’ex-chef de service de néphrologie, dialyse et transplantation rénale, conseille de repenser l’activité de greffe et mettre à profit le capital expérience très estimable dont jouissent les médecins algériens, pour faire de la greffe d’organes en Algérie un bastion au secours des souffrants qui attendent avec l’espoir d’un soulagement définitif, au lieu d’attendre la mort.
L. A. R.

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