Si en Europe l’avortement a été légalisé il y a déjà des décennies et si cette question ne crée quelques remous que dans les pays les plus catholiques du vieux continent, tels que la Pologne ou l’Irlande, aux États-Unis cette question est toujours brûlante. Le Président américain Joe Biden s’est ainsi rendu samedi 19 juin à l’église dans sa ville de Wilmington, dans l’État du Delaware (Est), au lendemain d’une décision du clergé américain qui pourrait priver de communion les membres du monde politique favorables au droit à l’avortement. Joe Biden, qui défend ce droit, et son épouse Jill, se sont rendus en l’église Saint Joseph on the Brandywine, passant notamment par son cimetière où Neilia, la première épouse du président, leur fillette Naomi et leur fils Beau sont enterrés. Fervent catholique, il assiste à une messe au moins une fois par semaine. Il soutient également la décision historique de la Cour suprême des États-Unis ayant légalisé le droit à l’avortement en 1973. La conférence des évêques catholiques américains (USCCB) a voté jeudi à une large majorité (168 voix pour, 55 contre) la proposition de rédaction d’un texte sur «la signification de l’eucharistie dans la vie de l’Église», qui pourrait avoir pour conséquence de la refuser aux politiques soutenant l’avortement. L’eucharistie, ou communion, est un rite essentiel de la foi catholique, au cours duquel le fidèle reçoit l’hostie, symbole du sacrifice de Jésus-Christ. «C’est privé et je ne pense pas que cela arrivera», avait répondu vendredi Joe Biden, interrogé sur ce texte et sa portée. Le Vatican a exhorté en mai les autorités ecclésiastiques américaines à la prudence vis-à-vis d’éventuelles mesures concernant «la situation des responsables catholiques en faveur de la légalisation de l’avortement, de l’euthanasie ou d’autres préjudices moraux», selon l’agence catholique américaine CNS. Chaque évêque décide actuellement de qui peut recevoir la communion dans son diocèse. Joe Biden s’est vu refuser la communion en raison de ses positions en 2019, dans une église américaine. Il avait alors rappelé l’avoir reçue de la part du pape lui-même. Le premier président catholique depuis John Kennedy s’il est très attaché à sa foi est également un fervent progressiste qui défend une certaine idée de la société qui va à rebours des préceptes soutenus par l’Église catholique. Reste à voir si Biden choisira de se ranger du côté des progressistes qui constituent une majorité de son électorat, ou s’il sera plus circonspect sur d’autres questions à l’avenir pour ne pas froisser trop brutalement les conservateurs religieux, comme l’on fait plusieurs présidents dans le passé.