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lundi 27 juin 2022

Conséquences

En 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie, de multiples sanctions, notamment agroalimentaires, avaient été prises par l’Union européenne à l’encontre de Moscou. Des sanctions qui pénalisaient largement l’industrie agraire européenne et particulièrement française. Des mesures restrictives qui coûtaient alors cinq milliards d’euros par an aux pays de l’UE. Des restrictions que Berlin avait encouragées avec une main ferme, d’autant plus qu’elle n’était alors que très superficiellement touchée par ses mesures à l’inverse de Paris qui y perdait des sommes astronomiques, en même temps qu’elle mettait en difficulté son secteur agricole. Aujourd’hui, alors que les moyens de sanctionner la Russie après son invasion d’une partie de l’Ukraine sont très limités, l’Allemagne tente par tous les moyens de bloquer les restrictions qui pourraient lui être dommageables, notamment l’exclusion de la Russie du réseau Swift, un système de messagerie sécurisée de transactions bancaires utilisé dans le monde entier. Alors que la France milite pour l’adoption rapide de cette sanction radicale contre la Russie de Vladimir Poutine, Berlin craint de sévères répercussions sur son économie. Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, a annoncé vendredi que la France soutenait l’exclusion de la Russie du système Swift. Cette décision est considérée comme une «arme nucléaire financière» par le locataire de Bercy. La manœuvre consisterait à tenter d’isoler les banques russes du reste du monde. Promu par le Royaume-Uni et mis sur la table par les États-Unis, cet outil a été écarté lors des dernières discussions européennes. Alors que la pression monte, l’Allemagne continue d’y mettre son veto car c’est une arme à double tranchant. «Une suspension du Swift aurait des répercussions massives (…) pour les entreprises allemandes dans leurs relations avec la Russie, mais aussi pour régler les paiements de livraison d’énergie», s’est justifié ce vendredi le porte-parole du gouvernement germanique, Steffen Hebestreit. L’Allemagne et d’autres pays européens, comme la Hongrie et l’Autriche, craignent notamment des mesures de rétorsion alors que la Russie a laissé entendre qu’elle pourrait couper l’approvisionnement de l’Europe en hydrocarbures. «Conformément au principe de réciprocité, qui est à la base du droit international, nous prendrons des mesures de rétorsion sévères», a prévenu le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. Or, l’Allemagne importe près de la moitié de son gaz de Russie. Ce même gaz qui alimente les centrales électriques qui font tourner l’industrie allemande. Soucieux vis-à-vis des conséquences économiques que pourraient avoir les sanctions prises contre Moscou, Olaf Scholz émet son véto et demande que l’option Swift ne soit mise en place qu’en dernier recours. Ainsi, lorsqu’en Europe les Allemands voient leurs intérêts menacés par des sanctions, même en temps de guerre, le reste des pays membres de l’UE et notamment la France, se soumettent aux décisions de Berlin. Or, l’inverse est loin d’être vrai et en 2014 Merkel n’avait pas semblé très préoccupée par les pertes financières de la France qu’engendreraient les sanctions agroalimentaires contre Moscou, ni la détresse des agriculteurs français et leur immense manque à gagner. Reste à voir si l’UE continuera à se plier aux exigences de Berlin ou si Paris réussira à s’imposer dans les jours et semaines à venir pour exiger des sanctions qui, comme ce fut le cas en 2014 pour elle, auront des conséquences négatives pour l’Allemagne.   F. M.

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