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mardi 20 février 2024

Conflit dans l’est de la RDC : Macron lance des mises en garde, y compris au Rwanda

Très attendu sur le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, Emmanuel Macron, en visite à Kinshasa, n’a pas clairement condamné samedi le Rwanda, comme le lui demandaient les Congolais, mais lancé de fermes mises en garde, y compris à Kigali.

Par Rosa C.
La RDC «ne doit pas être un butin de guerre, le pillage à ciel ouvert (du pays) doit cesser. Ni pillage, ni balkanisation, ni guerre !», a martelé le président français, au cours d’une conférence de presse avec son homologue congolais, Félix Tshisekedi. Ce dernier venait de déplorer l’«agression injuste et barbare» dont son pays estime être victime. La RDC accuse le Rwanda de soutenir la rébellion du M23, qui s’est emparée depuis 2022 de vastes pans de territoire de la province du Nord-Kivu, région riche en minerais. Des experts de l’ONU ont corroboré ce soutien et plusieurs chancelleries occidentales l’ont dénoncé, bien que Kigali s’en défende. Le ministère français des Affaires étrangères a également condamné ce soutien, mais Kinshasa attend de Paris des mesures concrètes contre Kigali. Emmanuel Macron n’a pas annoncé de sanctions, mais a appelé chacun à «prendre ses responsabilités, y compris le Rwanda». «Ce que nous attendons du Rwanda et des autres (acteurs), c’est de s’engager et de respecter les rendez-vous qu’ils se donnent sous la supervision des médiateurs et s’ils ne respectent pas, alors oui, il peut y avoir des sanctions, je le dis très clairement», a-t-il également souligné. Le président français avait tenté une mission de bons offices en septembre dernier, jouant les facilitateurs pour une rencontre entre Félix Tshisekedi et le président rwandais, Paul Kagame. Mais la rébellion a depuis repris de plus belle ses avancées, tandis qu’Emmanuel Macron se retrouve accusé de parti pris en faveur de Paul Kagame, avec lequel il a opéré une réconciliation après les années noires consécutives au génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 et les accusations d’implication dans ce bain de sang portées contre la France. Le président français «n’est pas le bienvenu en RDCongo», avertissaient des mouvements citoyens à la veille de sa visite à Kinshasa. Plusieurs dizaines de jeunes qui, brandissant des drapeaux russes, avaient déjà manifesté mercredi à Kinshasa contre sa venue, se sont de nouveau regroupés samedi avec l’intention de marcher vers un des sites de sa visite. Ils ont été rapidement dispersés par les forces de l’ordre et leurs leaders interpellés. Durant ses discussions avec les présidents angolais Joao Lourenço et congolais Tshisekedi, ainsi qu’avec Paul Kagame, Emmanuel Macron a dit avoir constaté que tous avaient «apporté un soutien clair» à un cessez-le-feu demain, tel que prévu dans un plan de désescalade. Les représentants du M23 qui sont allés voir le président Lourenço se sont aussi engagés sur ce point, a-t-il insisté. Des cessez-le-feu ont été annoncés plusieurs fois mais n’ont jamais été respectés. «Je demande à voir, surtout au niveau des sanctions», a déclaré Félix Tshisekedi. Emmanuel Macron a également évoqué la mise en place, avec le soutien de la France, d’un pont aérien humanitaire vers Goma, la capitale du Nord-Kivu, annoncé le matin même par l’Union européenne. La RDC était la quatrième et dernière étape d’une tournée en Afrique centrale, qui l’a également conduit au Gabon pour un sommet sur la forêt, en Angola et au Congo-Brazzavile. Tout au long de son voyage, Emmanuel Macron a livré un seul et même message : la France, ancienne puissance coloniale de plus en plus contestée sur le continent, veut développer une nouvelle relation avec l’Afrique, faite d’«humilité» et de partenariats «responsables et équilibrés».
 R. C.

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