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jeudi 29 septembre 2022

Circulation

C’est après près de cinquante ans passés dans le giron de l’Union européenne que le Royaume-Uni entame une nouvelle ère après la sortie finalisée des Britanniques de l’UE, le 31 décembre dernier. Défenseur forcené de la sortie de son pays des institutions européennes, le Premier ministre Boris Johnson a promis, dans le «Daily Telegraph», «une année de changement et d’espoir», quatre ans et demi après le référendum qui a déchiré le Royaume-Uni, vantant l’accord de libre-échange qu’il a conclu juste avant Noël avec Bruxelles. Officiel depuis fin janvier 2020 mais prenant corps jeudi soir avec l’abandon des règles européennes à l’issue des onze mois de la période de transition, le Brexit offrira des «opportunités pour transformer le pays», selon lui. Dans les transports, quelques jours au moins seront nécessaires pour faire un premier état des lieux des conséquences de la sortie du marché unique et de l’union douanière, car entre jour férié et pandémie, ce vendredi, le calme règnait. Vendredi, le trafic autour du port anglais de Douvres s’est fait sans vagues, sans les encombrements tant redoutés avec l’entrée en vigueur de nouvelles formalités des deux côtés de la Manche. Près de 200 camions ont aussi emprunté le tunnel sous la Manche dans la nuit, «sans aucun problème» malgré le rétablissement de formalités douanières, selon son exploitant Getlink. Si l’accord commercial conclu in extremis avec Bruxelles ne prévoit ni quotas ni droits de douane et évite un «no deal» dévastateur, le bouleversement est réel. La libre circulation des biens et des personnes pour passer sans entrave la frontière a cessé, sauf entre l’Espagne et l’enclave britannique de Gibraltar, ainsi qu’entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Malgré ces nouvelles contraintes avec le principal marché du Royaume-Uni, le conservateur Boris Johnson a fait miroiter à ses compatriotes une nouvelle ère pleine de promesses et une place renforcée dans le monde pour son pays, comme champion du libre-échange. Avec la présidence du G7 et l’organisation de la grande conférence sur le climat COP26 cette année, 2021 sera «une année très importante pour le rayonnement du Royaume-Uni», a-t-il assuré sur Twitter. Londres a déjà signé des accords commerciaux avec une soixantaine de pays, dont le Japon, mais le compromis tant convoité avec les Etats-Unis pourrait buter sur le départ de Donald Trump, Brexiter convaincu contrairement à son successeur à la Maison-Blanche, Joe Biden. Dans l’immédiat, c’est un pays gravement endeuillé par la pandémie, plus de 73 500 morts, l’un des pires bilans en Europe, et frappé par sa pire crise économique en trois siècles qui a quitté l’orbite européenne. Boris Johnson doit aussi tourner la page d’une saga orageuse qui lui a permis de conquérir le pouvoir, mais a déchiré les Britanniques. L’unité du Royaume est fissurée, en particulier du côté de l’Ecosse qui a voté à une large majorité pour rester dans l’UE et clame de plus en plus fort son désir d’indépendance et d’Europe. La reprise de l’activité à plein régime la semaine prochaine laisse augurer des perturbations autour des ports en raison des nouvelles formalités qui risquent de ralentir la circulation et allonger les files de camions. Contrairement à l’UE, le gouvernement britannique a décidé de mettre en œuvre graduellement les contrôles douaniers. Ils ne concerneront toutes les marchandises qu’à partir de juillet. Reste à voir si ce bon fonctionnement du début se maintiendra sur le long terme et si les Britanniques trouveront leur compte dans les nouvelles règles qui vont régir leurs vies lorsqu’ils souhaiteront interagir avec le reste de l’Europe. Après tout, pour les tenants du Brexit, quelques minutes perdues dans des contrôles d’identité sont peu de choses comparées à l’indépendance prise vis-à-vis des «étouffantes», et ô combien intrusives, institutions européennes.
F. M.

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