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lundi 25 octobre 2021

Cinquième jour de mobilisation en Birmanie: Les Birmans par dizaines de milliers dans la rue

Les Birmans sont descendus par dizaines de milliers dans la rue hier, pour le cinquième jour consécutif, au lendemain d’un raid nocturne de l’armée contre le siège du parti d’Aung San Suu Kyi, une action qui montre la détermination des généraux putschistes face aux appels à rétablir la démocratie.

Par Mourad M.

«Nous ferons tout pour rejeter le gouvernement militaire», a déclaré à l’AFP Kyaw Kyaw, un employé d’hôtel rencontré dans un cortège à Rangoun, où la mobilisation a été la plus forte hier, malgré l’interdiction.
«Nous ne voulons pas rester sous la dictature. J’ai aussi un peu peur après la répression d’hier», a déclaré Khin Nyein Wai, un étudiant.
Une manifestation réunissant plusieurs milliers de personnes était également en cours à Naypyidaw, la capitale administrative de la Birmanie, dans le centre du pays.
Dans la ville de Loikaw, dans l’État de Kayah (Est), des policiers se sont joints à la manifestation, selon des médias locaux.
Les manifestations se déroulaient dans le calme hier, alors que la veille la répression était montée d’un cran avec l’utilisation par les forces de l’ordre de balles en caoutchouc et de canons à eau à Naypyidaw et Mandalay (centre) contre les manifestants.
Le rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie, Tom Andrews, a condamné l’usage de la force et assuré que la police avait tiré et blessé une jeune femme à Naypyidaw. Les images de cette action ont été massivement partagées sur les réseaux sociaux.
«Ils peuvent tirer sur une jeune femme, mais ils ne peuvent pas voler l’espoir et la détermination d’un peuple», a écrit hier l’envoyé des droits de l’homme. «Le monde est solidaire des manifestants de Birmanie».
Selon un médecin de l’hôpital de Naypyidaw, la jeune femme, Mya Thwe Thwe Khine, touchée à la tête par une balle réelle, est «en soins intensifs car elle a besoin d’aide pour respirer et était inconsciente hier matin».
Les militaires ont par ailleurs porté un nouveau coup à la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, en menant un raid mardi soir contre les locaux de la formation à Rangoun.
Un membre de la LND, Soe Win, a déclaré hier à l’AFP qu’un gardien avait vu le raid mené par les forces de sécurité via un système de vidéosurveillance à distance, mais qu’il n’avait pas pu intervenir en raison du couvre-feu.
Dans la matinée, ils ont trouvé des serrures forcées, du matériel informatique manquant, du câblage électrique et des câbles de serveur coupés. Des documents bancaires avaient disparu d’un coffre-fort. Selon Soe Win, le parti prévoit de porter plainte auprès de la police.
Les autorités ont interdit depuis lundi soir les rassemblements de plus de cinq personnes à Rangoun, Napypidaw et dans d’autres villes. Un couvre-feu a été décrété et les manifestants se sont dispersés en début de soirée.
Ces derniers jours, des centaines de milliers de manifestants ont défilé à travers le pays, réclamant la libération des personnes détenues, la fin de la dictature et l’abolition de la constitution de 2008, très favorable à l’armée.
Depuis le coup d’État le 1er février, le nombre de personnes arrêtées a atteint 190, selon une ONG d’aide aux prisonniers politiques.
Ce vent de contestation est inédit depuis le soulèvement populaire de 2007, la «Révolution de safran» menée par les moines et violemment réprimée par les militaires.
Le risque de répression est réel dans le pays qui a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.
Le putsch du 1er février a mis fin à une brève parenthèse démocratique d’une décennie.
L’armée conteste la régularité des législatives de novembre, remportées massivement par la LND. Mais des observateurs internationaux n’ont pas constaté de problèmes majeurs lors de ce scrutin.
En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d’Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution.
Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité lors des exactions contre les musulmans rohingyas, la prix Nobel de la paix, en résidence surveillée pendant 15 ans pour son opposition à la junte, reste adulée dans son pays.
L’ex-dirigeante serait «en bonne santé», assignée à résidence à Naypyidaw, d’après son parti.
Le coup d’État a été condamné par les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et de nombreux autres pays.
La Nouvelle-Zélande a annoncé la suspension de ses contacts militaires et politiques de haut niveau avec la Birmanie, devenant le premier pays à décider d’un isolement de la junte.
Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU va tenir demain vendredi une session spéciale sur ces événements. Le Conseil de sécurité des Nations unies a de son côté appelé à la libération des détenus.
M. M.

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