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samedi 24 février 2024

Cinquante jours durant Israël a tué et détruit mais il n’a pas gagné

La trêve de quatre jours prenant fin aujourd’hui, faut-il s’attendre à son renouvellement ou à la reprise des hostilités, ce qui dans ce cas suppose essentiellement le retour des bombardements israéliens, à la fois aériens, terrestres, et depuis la mer, dont a pu mesurer tout à loisir au cours de la pause le pouvoir de destruction ? Si cela ne tenait qu’à Tel Aviv, qui n’y a consenti que sous la pression de l’administration Biden, très désireuse quant à elle de faire libérer des Américains stricto sensu pour des raisons de politique interne, son œuvre consistant à rendre inhabitable Ghaza dans son ensemble recommencerait dès aujourd’hui, tant il a hâte sinon de la terminer du moins de la pousser aussi loin que possible. Il s’en est fallu d’ailleurs de peu que cela n’arrive au deuxième jour de la trêve, les Palestiniens ayant retardé la libération du deuxième groupe de détenus au motif qu’Israël ne respectait pas les termes de l’accord pour ce qui est du nombre de camions de secours autorisés à franchir le passage de Rafah.

Les Israéliens ont alors averti qui de droit que dans ce cas les bombardements reprendraient dès minuit. Ce sur quoi le président américain est intervenu – d’autant plus vite que jusque-là nul américain exclusivement authentifié comme tel n’a encore été libéré, mais seulement des israélo-américains – pour prier Qataris et Egyptiens de trouver une solution au problème. Avant de quitter al-Shifa, ce qu’elle a fait dès les premières heures de la pause, l’armée israélienne en a détruit des parties entières, des services essentiels, son intention évidente étant de faire en sorte qu’il ne puisse plus reprendre son activité. Elle a réservé un traitement similaire à l’hôpital al-Rantissi, et à d’autres encore. Israël ne veut pas que le nord de Ghaza renoue avec la vie. La seule fois où il a violé le cessez-le-feu, c’était pour tirer sur les Palestiniens qui voulaient aller inspecter leur domicile au nord, qu’ils avaient dû quitter pour échapper à une mort certaine. Le message est on ne peut plus clair : mettez une croix sur votre vie d’avant le 7 octobre, cherchez ailleurs un endroit où vous pourrez survivre. Il semble qu’Israël ait retiré ses chars de l’intérieur de Ghaza pour les redéployer dans sa périphérie. On ne sait trop si tous l’ont été ou seulement une partie d’entre eux. Il faut attendre la fin de la trêve, qu’elle advienne dès aujourd’hui ou plus tard, pour savoir à quoi s’en tenir précisément à cet égard. Les chars retirés du nord y reviendront-ils ou non ? Si oui, cela voudrait dire que la guerre y recommencera même si dans le même temps elle est appelée à s’étendre au sud. Israël ne peut interdire définitivement aux déplacés du nord d’y retourner que s’il parvient à éliminer la résistance palestinienne, qui pendant cinquante jours l’a tenu en échec. Il a déjà tué plus de 14 000 civils palestiniens, dont plus de la moitié sont des enfants et des femmes, mais le nombre de ses soldats morts reste supérieur à celui des Palestiniens, et cela il ne peut l’admettre. Il lui faut rétablir le rapport macabre habituel : au moins 10 Palestiniens morts pour un Israélien mort. Autrement ce serait pour lui le début de la fin. Ne serait-ce que pour cela, la guerre reprendra, et probablement avec une intensité redoublée. Sachant que cette guerre est asymétrique, il suffit pour que la résistance palestinienne la gagne qu’elle ne la perde pas, et pour qu’Israël la perde qu’il ne la gagne pas. Ce qui veut dire que du moins jusque-là il l’a perdue.

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