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jeudi 25 avril 2024

Cinéma: Zahzah fait connaître Fanon à Berlin

Énorme succès des deux premières journées de projection du film documentaire sur Frantz Fanon au Forum de la Berlinale de Berlin en Allemagne. Le réalisateur Abdennour Zahzah s’est entretenu avec Arsenal, revue spécialisée à Berlin, le 18 février. Nous en reprenons quelques extraits significatifs.

Par Abdelkrim Mekfouldji

À la question de savoir comment il a travaillé sur le film, le réalisateur a répondu que c’était un processus très long : «Cela a débuté lorsque j’ai commencé à vouloir faire des films. Je cherchais un sujet proche de chez moi, à Blida, exactement là où se trouve ce fameux hôpital. En 1998, j’ai programmé à la Cinémathèque de Blida et j’ai montré aux gens de la clinique un film anglais ‘’Frantz Fanon : Black skin white mask’’. Bon, ils ne l’ont aimé que moyennement, mais m’ont demandé de filmer un colloque sur Frantz Fanon. A cette époque, j’ai rencontré une équipe incroyable qui avait travaillé avec Frantz Fanon et n’avait pas encore pris sa retraite, les infirmières, puis le médecin-chef Bachir Ridouh, successeur de Fanon. Et c’est grâce à lui – j’avais alors 26 ans – que j’ai appris comment fonctionne un hôpital psychiatrique. Nous avons tourné pendant plus de trois ans. J’aimais l’esprit de la clinique, j’étais infecté par le virus psychiatrique. Et puis j’ai commencé à filmer les protagonistes de mon premier documentaire, ‘’Frantz Fanon : Mémoire d’asile’’. Mais j’avais envie de faire un long métrage à un moment donné. Il y a beaucoup de pression : on n’a tout simplement pas le droit de se tromper ou de dire quelque chose de faux sur le célèbre Frantz Fanon. J’ai donc fait beaucoup de recherches et j’ai ensuite retrouvé tous les dossiers administratifs de Fanon ainsi que le dossier de police de l’époque à l’hôpital. L’hôpital était un fief du FLN (Front de libération nationale). Le nombre de militants morts, qu’ils soient infirmiers ou médecins, est impressionnant. Fanon avait également fondé dans la clinique un journal dans lequel les patients eux-mêmes écrivaient, et j’ai retrouvé toutes les éditions de ce journal. La vie quotidienne est bien décrite. Ils avaient aussi un ciné-club, des compétitions sportives. C’était quelque chose de spécial à l’époque. Dans les années 1950, il n’y avait pratiquement pas de médicaments et il n’y avait pas de rencontres personnelles entre les médecins et les malades. Fanon fut le premier médecin à entrer dans cette cour remplie de malades, ce qui marqua profondément la mémoire des infirmières de Blida». Comme le titre du documentaire est très long, le cinéaste s’explique : «Le titre a à voir avec ce que je voulais raconter. Frantz Fanon a eu une vie très courte. Il est mort à 36 ans, mais il a été témoin de grands événements. D’abord la Seconde Guerre mondiale. C’est tout un film ! Il avait 17 ans, il était Français. Les Martiniquais sont français dans leur tête, surtout à l’époque, il n’y avait pas de télévision, et dans leur tête ils étaient Français comme tous les Français. Fanon a suivi l’appel de de Gaulle à défendre la France. Mais en arrivant en France, il s’est rendu compte que cette France ne ressemblait pas à la Martinique… Les gens ne lui ressemblaient pas. Cela a été un premier choc, un grand choc. Une blessure de guerre lui vaut une bourse pour étudier la médecine à Lyon. Il y avait peu d’étudiants noirs dans le Lyon d’après-guerre. Le jeune Fanon souffre et vit au quotidien un racisme banal. Il s’intéresse à la philosophie. Tout cela est bien décrit dans son premier livre, ‘’Peau noire, blancs masques’’. Et puis il y a la partie algérienne. Cela m’a intéressé car j’ai pu parler de cette phase avec la plus grande honnêteté. Fanon pratique ce qui lui tient à cœur. A Blida, il se retrouve dans une immense clinique psychiatrique avec des centaines de patients. Il rencontre un peuple, un peuple colonisé, qui lui rappelle ses propres blessures. Les blessures de ce Français originaire de Martinique. Et il était là lors du soulèvement algérien du 1er novembre 1954, et cela l’a aussi façonné. Frantz Fanon, nouvellement marié, vit à Blida dans une immense villa de service, avec un salaire de cadre. Mais au bout de trois ans, il laisse tout cela derrière lui, abandonne ce statut confortable et entre dans la clandestinité. Cette incroyable décision prise par Fanon est devenue légendaire avec sa lettre de démission adressée au gouverneur général de l’Algérie de l’époque. Et cette décision d’adhérer au FLN a à son tour façonné sa pensée philosophique, politique et même sa pensée de médecin».
Le réalisateur a promis un entretien à son retour de Berlin.
A. M.

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