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Alger
mercredi 7 décembre 2022

Chronique d’un attentat annoncé

Sans doute y a-t-il des attentats auxquels on ne s’attend pas en vain, en dépit de la règle maîtresse qui veut que n’arrive jamais dans la vie que ce à quoi on ne s’attend absolument pas. Un exemple : à Alger au plus terrible de la décennie noire, lorsque la journée allait sur sa fin sans que la bombe quotidienne n’ait encore explosé, à chaque fois dans un lieu bondé, on n’était pas rassuré pour autant. On ne relâchait pas sa vigilance, on n’allait pas se coucher ; on se disait qu’en fait elle n’avait pas encore éclaté. Et une fois sur deux, on n’avait pas tort : son boum finissait par résonner dans la ville. Avant que la première bombe n’explose, à une porte d’entrée de l’aéroport de Kaboul, jeudi dernier, les alertes n’avaient pas manqué annonçant l’attentat. Depuis la première fois qu’il en avait été question, probablement il ne s’était pas passé une heure entière sans qu’un bord ou qu’un autre ne réitère l’avertissement, appelant en particulier ses ressortissants à ne pas se rendre à l’aéroport, dans l’intention de quitter le pays, et toutes les victimes potentielles qui s’y trouvaient déjà, à s’en éloigner d’urgence, car il y avait imminent danger de mort. On savait de plus quel serait le coupable : la section locale de l’Etat islamique, Daech Khorasan, pour qui les Talibans eux-mêmes ont pactisé avec le diable, et qu’il faut éliminer de ce fait. Or on devrait pouvoir déjouer un attentat qui s’annonce avec des rappels périodiques, comme si ses auteurs tenaient à ne prendre personne en traître.

C’est ce qui se serait sûrement produit, ailleurs que dans un pays que tant de gens à la fois veulent quitter, tout en disposant pour cela de peu de temps. Les Américains, les premiers à avoir donné l’alerte, n’auront rien réussi en l’occurrence, pas même à sauver tous leurs soldats, dont ils ont perdu en une seule fois plus d’une dizaine, ce qui ne leur est pas arrivé depuis bien longtemps. Leur président, pour qui «rapidité est mère de sûreté», et qui à l’évidence avait parié sur zéro mort et zéro blessé, se retrouve maintenant avec un bilan sur les bras aussi lourd que difficilement pardonnable. Les républicains ont du coup ressorti le spectre de l’impeachment, qu’ils agitent dans sa direction. On ne les voit pas cependant demander de surseoir au retrait, pas même de le retarder d’un jour, ni même d’une heure. Un pays qu’on ne peut décidément pas quitter sans se faire encore saigner, il faut au contraire voir comment s’en extirper plus rapidement encore. Heureux le pays de l’Otan qui a pu rembarquer ses ressortissants, ses «interprètes», et ses militaires, sans une seule goutte de sang supplémentaire, pour la route, de versée. Et le tout, avant le 31 août – date limite voulue par les Américains, contre l’avis de leurs alliés, mais en parfait accord avec les Talibans. Le premier à le claironner, mais avec modération, est l’Espagne, autant comme un ouf de soulagement que comme un hourra retenu de victoire. Il n’est qu’une seule manière en effet de vaincre l’Afghanistan, ce cimetière des empires : pouvoir se détacher de lui, se retrouver libre de le fuir. N’est-ce pas qu’une fuite éperdue que celle qui s’offre en spectacle depuis maintenant plusieurs jours dans et autour de l’aéroport international de Kaboul ? Quand ce ne sont pas les Talibans qui menacent de vous couper la retraite, ce sont des gens plus dangereux qu’eux, ou Daech ou Al-Qaïda ou les deux à la fois, sans même parler des coups tordus possibles, difficilement attribuables quant à eux. Un seul membre de l’Otan non seulement ne fuit pas l’aéroport de Kaboul mais demande à y rester, et même à y faire venir des troupes supplémentaires : la Turquie, aux desseins plus que jamais impénétrables.

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