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mardi 16 août 2022

Cette obscure crise économique du Liban

Maintenant que le Liban est parvenu à se doter d’un gouvernement, ce dont il a manqué pendant plus d’une année, le plus dur est fait, à ce qu’il semble tout au moins. Tout devrait aller plus vite pour sa population, dont des pans entiers ont basculé du jour au lendemain dans la grande pauvreté, des griffes de laquelle il faut s’appliquer maintenant à les tirer. Ils s’y sont trouvés moins par suite d’une crise économique, ou plus exactement financière, aux causes aussi aisément identifiables que conséquemment remédiables, moyennant bien sûr des efforts et des sacrifices, que d’une entreprise fomentée et conduite par une coalition internationale en vue de réformer politiquement leur pays. Le système financier libanais s’étant effondré, entraînant dans son sillage le niveau de vie de l’écrasante majorité des Libanais, pour des raisons à la fois de politique interne, régionale et internationale, le remettre sur ses pieds est de ce fait même un jeu d’enfant. Il suffit pour cela que les sanctions dont leur pays est, l’air de rien, l’objet, lesquelles tout compte fait sont de même nature que celles qui frappent la Syrie et l’Iran, soient levées par les parties qui les ont adoptées, les mêmes pour l’essentiel que dans les cas syriens et iraniens.

Ce qu’il y a de particulier dans son cas, c’est qu’il est dans les meilleurs termes avec ses voisins, et avec chacune des puissances qui recourent à cette arme de destruction massive que sont les sanctions économiques et financières. On ne peut en dire autant ni de l’Iran ni de la Syrie. Le Liban n’est pas plongé dans une crise économique, comme on le dit et répète depuis des mois, il est en butte à des sanctions économiques, qui ne disent pas leur nom. On en a pour preuve le refus du FMI de négocier avec son gouvernement, pourtant tout à fait régulier, sous prétexte qu’il n’avait pas la confiance de l’institution législative. Le gouvernement Diab ne procède par d’un coup d’Etat, que l’on sache. La réalité, c’est qu’on a laissé délibérément les difficultés économiques empirer, la pauvreté happer les Libanais par millions, dans l’idée de les faire se retourner contre le Hezbollah, et par là même obliger ce dernier à se transformer en un parti comme un autre. Ce programme n’est pas seulement celui des ennemis extérieurs de l’Iran, appartenant ou non à la région, mais également celui de plusieurs partis libanais. Ce qui dans leur cas est tout à fait compréhensible, du reste. Un pays où l’une des forces politiques est en même temps une armée plus puissante que l’armée régulière, ce n’est pas banal, il faut le reconnaître. Mais cela est une autre question. La formation du gouvernement Mikati s’est accélérée dès l’instant où le Hezbollah a obtenu de l’Iran qu’il livre le carburant manquant désespérément sur le marché libanais. Cette annonce a fait réagir les Etats-Unis, à travers leur ambassadrice à Beyrouth, qui se sont montrés brusquement disposés à faire venir le gaz égyptien et l’électricité jordanienne à travers la Syrie, pourtant au ban du monde des échanges. Pas de carburant iranien, pas de gaz égyptien ni d’électricité jordanienne. L’initiative conjointe du Hezbollah et de l’Iran a fait sauter des interdits américains apparemment intangibles. Ce qui a valu en l’espèce vaudra sans doute s’agissant des finances. Il suffira que les Etats-Unis donnent là aussi leur feu vert, c’est-à-dire lèvent leurs sanctions non déclarées, et le système financier libanais s’en portera tout à coup mieux.

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