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mercredi 29 juin 2022

Ces nuages qui s’amoncellent sur l’Amérique

Le décès survenu le 18 de ce mois de la doyenne de la Cour suprême américaine, Ruth Bader Ginsburg, une femme réputée et respectée pour ses positions marquées au coin du progrès sur les questions de société les plus névralgiques aux Etats-Unis, loin d’apaiser un climat préélectoral déjà particulièrement chargé ne fait au contraire que l’exacerber davantage. En fait, il eût été difficile d’imaginer un événement plus à même d’augurer du pire pour les Etats-Unis, compte tenu de la polarisation extrême qui y règne et depuis tellement de temps, que la vacance d’un des neuf sièges que compte la Cour suprême, une institution vénérée dans ce pays. En ce sens, le hasard ou la providence, ne pouvait pas faire plus pour amener dès à présent le pacte national américain au bord de la rupture. Dans une conjoncture différente de celle d’aujourd’hui, les candidats à la présidentielle n’auraient pas eu de difficulté à convenir de laisser le soin de trouver un remplaçant au membre de la Cour décédé à celui d’entre eux qui serait prochainement élu. En temps normal, le président en exercice aurait en effet plus craint d’être sanctionné par les électeurs pour profiter de l’occasion qui se présente de nommer un juge de sa famille politique que pour la laisser passer, au risque que ce rare privilège revienne à ses adversaires. En l’occurrence, Donald Trump n’a au contraire guère tardé à faire savoir qu’il nommerait bientôt un remplaçant à RBG, comme disent les Américains non sans affection pour la juge disparue.

Ce n’est pas le président sortant qu’il faut en premier lieu incriminer, mais la polarisation politique actuelle, aussi vieille du reste que l’est son temps en tant que locataire de la Maison-Blanche. Si au lieu que ce soit lui, c’est son rival, Joe Biden, qui était président, et pourvu que la même polarisation soit à l’œuvre, nul doute que ce dernier ferait exactement la même chose : il s’empresserait d’annoncer qu’il allait trouver un remplaçant à RBG sans devoir pour cela attendre l’issue de la présidentielle. Son camp ne comprendrait pas qu’il agisse autrement. Comme le candidat démocrate n’est pas le chef de la Maison-Blanche mais celui qui aspire à le devenir, il est pour ainsi dire dans son rôle en exigeant que la nomination d’un successeur à RBG soit laissée à celui des deux qui sera élu. Cette revendication serait formulée dans un style moins agressif si le Sénat était contrôlé par son propre camp, car alors il saurait que le nominé serait récusé. Or le Sénat, dont c’est la prérogative en l’espèce de ratifier le juge qui sera désigné, est dominé par les républicains, dont le président s’est dit d’accord avec Trump. Il existe déjà cinq membres conservateurs de la Cour suprême. Tout indique qu’il y en aura bientôt un sixième, dont Trump a d’ailleurs annoncé qu’il sera une femme. Au jour d’aujourd’hui, il ne sera pas de trop, bien que la majorité soit déjà acquise aux républicains. C’est que le risque s’affirme de jour en jour que les urnes ne trancheront pas le débat en cours, que cette tâche de départager les candidats incombera vraisemblablement à la Cour suprême. Ce qui était une vague possibilité avant le décès de RBG se présente avec plus de précision depuis. God bless America.

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