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mardi 26 octobre 2021

Ce que les Libyens peuvent encore et ce qu’ils ne peuvent plus

Abdelhamid Dbeibah a répondu au retrait de confiance du Parlement de Tobrouk au gouvernement d’unité nationale qu’il dirige en appelant ses partisans à un rassemblement de soutien sur la plus grande place publique de Tripoli, il y a de cela moins d’une semaine. Pari gagné parce que la foule était massive, et que sa harangue a été très applaudie. Dans tout autre pays, preuve aurait été ainsi faite que le gouvernement n’était pas suspendu dans le vide, que s’il n’avait plus la confiance des législateurs, du moins celle de l’opinion lui était-elle conservée. A partir de là, un arrangement politique aurait commencé à se dessiner entre les camps rivaux, en vertu duquel la partie engagée ayant donné lieu à un match nul, la seule façon sérieuse de trancher le débat, ce serait de redonner la parole au peuple à travers des élections incontestables. Une telle issue n’est pas possible en Libye, un pays divisé territorialement et politiquement en deux entités depuis maintenant plusieurs années, que rien n’est parvenu à faire fondre l’une dans l’autre.

Du temps de l’autocratie, la Libye était d’un seul tenant ; au temps de la démocratie, ou, disons, de la liberté relative, elle est coupée en deux. On peut se demander si elle n’a pas perdu au change, non pas sans doute dans l’immédiat, mais dans le temps plus long. Mais telle n’est pas pour l’heure la question. Ce qui vient de se produire, en tout cas, n’est pas annonciateur d’une fin imminente de la division. Par son vote de défiance, Tobrouk a dit qu’il préférait somme toute la désunion à une unité faite sous les auspices de Tripoli. De son point de vue, il n’a fait en l’occurrence que réagir à une provocation de Tripoli, qui avait adopté une loi électorale dirigée contre la candidature de Khalifa Hafter, ou plus exactement la rendant impossible. Vous ne voulez pas de Hafter pour président de la réunification, alors nous ne voulons plus du gouvernement Dbeibah de transition. Mais que se passerait-il s’il s’avèrait bientôt que les élections du 24 décembre sont intenables ? Le président du Conseil présidentiel, Mohamed El-Menfi, a abordé récemment cette question à la tribune même des Nations unies. La réponse qu’il y a apportée n’augure rien de bon. Pour lui, l’alternative est entre la réussite du double rendez-vous électoral prévu pour la fin d’année, présidentielle doublée de législatives, ou le retour à la guerre civile. Ou le dépassement de la crise libyenne, ou son renouvellement ; la marche vers l’avant ou la marche en arrière. Ce peut n’être ni l’un ni l’autre, mais juste un arrêt dans le présent. En tant que pays placé sous tutelle de la communauté internationale, c’est-à-dire sous protection de ces mêmes puissances qui étaient intervenues pour renverser le régime de Kadhafi, et du même coup le diviser en deux, la Libye n’est pas la chose des seuls Libyens. Il leur a été assez clairement spécifié depuis quelque temps déjà ce qu’ils peuvent en faire, et ce qu’ils ne peuvent plus. Il leur appartient de tenir ces élections en temps et lieu, ou au contraire de les reporter à plus tard. Ce qui leur est interdit par contre, c’est d’abandonner jusqu’à l’idée de passer par elles, pour recourir à nouveau à la violence comme unique moyen de régler leurs différends. Car si leur pays est divisé, il est en même temps sous hypothèque internationale. Il a perdu sa souveraineté autrement dit. Celle-ci ne leur sera rendue qu’une fois qu’ils seront passés par l’épreuve des urnes, et que leur sanction aura été acceptée par eux.

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