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jeudi 25 avril 2024

BLIDA: Meriem Guemache à Crescendo School

Meriem Guemache est une habituée de Blida, puisque c’est son troisième passage à Crescendo School. Quatrième publication de l’auteure, L’absente, un recueil de nouvelles publié en 2023, était attendu et présente un genre et un style qui semblent s’incruster dans la création littéraire chez Guemache, celle des nouvelles.

Par Abdelkrim Mekfouldji

Dix nouvelles où l’auteure s’installe en «ouvrière de la langue», mélangeant un style austère et une langue légère, généreuse, très proche de la jeunesse. On se conforte dans l’ambiance dégagée par le contenu narrant le vécu de personnages finalement proches de nous. La tragédie du Covid-19 subie durant un peu plus de deux ans et chamboulant les projets de tout un chacun. Un vécu fait de lavage de légumes, d’internement, d’isolement. Ce dernier prendra la place de toute la seconde nouvelle avec la terrible maladie d’Alzeihmer, où les rôles s’inversent dans une petite famille : mère-enfant et enfant-mère. On retient l’expression «prison sans murs, sans grilles, sans écrou» pour la maman et la démission de la fille de son lieu de travail pour se consacrer à sa mère. Tout aussi tragique, Gamra, une jeune maman qui aura du mal à avoir un enfant et qui le perdra au huitième mois, par la faute d’une bombe nucléaire dont les auteurs ne sont point jugés jusqu’à aujourd’hui. C’était la troisième nouvelle, dont on ne sort pas facilement indemne. Autre nouvelle, Une voix, avec une animatrice fière de sa propre voix et qui nous le montrera à travers les qualités et les défauts d’une voix pour tout candidat à l’exercice dans une radio ou un média sonore. Même la mort s’infiltre dans ce recueil, en tant que personnage et qui nous enivre jusqu’à… la mort. La vie à la cité, le propre de millions d’Algériens, et qui se laissent vivre dans un quotidien monotone jusqu’au jour où l’un d’eux s’oxygène dans l’ambiance de Omar Gatlato, mais pas trop longtemps, héritage et obligation de partage l’obligent à quitter son phare d’observation puis apprenant que l’élue de son cœur s’était mariée. L’inévitable histoire de haraga algérien, une situation entrée dans les mœurs et qui ne fait quasiment plus peur. Échec des chevaliers des vagues, parmi eux, une victime d’inceste et un jeune ingénieur au chômage qui abat une terrible vérité du jour : «une ville de gueux dans un pays qui hait ses enfants». Les lecteurs emportés par le rêve d’un prisonnier qui se voit à Honolulu, réveillé d’une voix sèche : «C’est l’heure d’aller au tribunal». L’inévitable thème de la corruption, traité du côté des vainqueurs, du côté des corrupteurs et que l’auteur étale sur l’ascension, la chute puis une nouvelle ascension avec un véritable tableau de la société algérienne oublieuse des valeurs qui avaient fait sa renommée, il y a déjà longtemps. En suivant l’itinéraire de Kaddour le ministre, le lecteur aura l’impression que tout est facile à Alger et qu’il suffit de vouloir. Sa déchéance n’aura duré qu’une année et le voilà de retour dans les hautes sphères.
Le recueil prend fin avec une dernière nouvelle, très légère, mais qui prend au cou avec ses contre-pieds. L’auteure démon-tre une maîtrise parfaite des unités de lieu et de temps dans un pays où il faudrait sans doute se cramponner à quelques valeurs et laisser venir. Chacune et chacun espérant des lendemains meilleurs pour un pays où la jeunesse commence à perdre espoir en face de vieilles générations qui se posent en maîtres des lieux, s’incrustant dans une réalité algérienne difficile à imaginer autre que vieille.
A. M.

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