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lundi 20 mai 2024

Blida: Artisan cordonnier, un métier qui se perd

Une minuscule boutique à la rue Charef-El-Hocine, à Blida, est lourde d’une histoire où le militantisme durant la guerre de Libération, les senteurs de cuir travaillé, l’amour d’un club, l’USMB, et le passage incessant de représentants d’associations musicales, de troupes folkloriques, font que Abderrahmane Elarbi, 58 ans, à la démarche faussement tranquille, est connu de tous les gens de Blida.

Par Abdelkrim Mekfouldji
Le mouvement culturel jusqu’au ministère de la Culture reconnaît à cet homme un rôle prépondérant dans la protection du patrimoine national.
Les paires de babouches, dites également chaussures traditionnelles, semblent concurrencer celles du Maroc voisin. Cependant, la différence réside sans doute dans le fait que les Algériens ne se chaussent de babouches que lors des fêtes religieuses alors que le citoyen marocain, notamment dans les villes dites traditionnelles, ces babouches sont portées également les vendredis. Ainsi, les jours de mariage, des Aïds, voire de circoncision, les hommes n’hésitent point à se chausser traditionnellement.
Abderrahmane maintient actuellement cette profession de cordonnier traditionnel malgré toutes les difficultés d’approvisionnement en matières premières telles que le cuir, le tissu de doublure, les semelles. «Il existait des spécialistes en fournitures comme Abbès Terki à Alger et à Médéa, mais ils ont abandonné la branche pour d’autres horizons». Ainsi, le «sebbat qui ouezoueze» se complaît dans la rareté et Abderrahmane qui côtoyait son père dans cette même boutique au 4, rue Charef, se retrouve seul à exercer la profession. «Je transmets ce métier à mon fils, je lui inculque l’amour de cet artisanat en espérant que le flambeau se maintienne allumé. L’amour du pays se mesure également aux… chaussures portées».
Très peu de bénéfices mais la satisfaction de voir des associations musicales dont tous les membres, hommes et femmes, portant des babouches signées Elarbi font oublier les difficultés du métier dans le pays. Il est lamentable que ce produit artisanal soit vivement encouragé au Maroc et en Tunisie, alors que l’Algérie semble observer de loin les soubresauts de quelques artisans qui portent dans leur chair l’amour du métier. Le père de Abderrahmane, un moudjahid de la première heure, avait débuté le métier, alors qu’il avait seulement 11 ans, fréquentait les gens du métier, nombreux alors à Blida, après avoir quitté l’école coranique au contact de Cheikh Zoubir et Cheikh Zaouidi. Il avait exercé au niveau de l’aviation de Blida durant la Seconde Guerre mondiale où on obligeait les maîtres cordonniers de Blida à façonner des Rangers, ces chaussures militaires pour l’armée française. Il prendra la fuite en 1943 et exercera comme apprenti puis pour son propre compte avant de léguer le tout à son fils en 1975, date à laquelle la chaussure d’importation assena un coup de massue à l’artisanat relatif au métier de cordonnier. Aujourd’hui, Abderrahmane peut se targuer d’être pratiquement seul sur le marché du centre du pays et dont la clientèle est satisfaite. Pour preuve, le monde qu’il y avait autour de sa table au Palais de la culture où se poussaient de jeunes mamans pour chausser leurs enfants, circoncision oblige, membres de troupes zorna et responsables d’associations. De beaux jours en perspective…
A. M.

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