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mardi 27 septembre 2022

Birmanie: Dans le Nord, des combats incessants et des villages incendiés

En Birmanie, des combattants patrouillent dans les ruines fumantes d’un village incendié selon eux par les soldats de la junte, en représailles aux actions de résistance qui se multiplient dans le Nord depuis le coup d’Etat militaire de l’an dernier. Au milieu des cendres ne restent que des toits en tôle ondulée, des poutres de soutien,
des ustensiles de cuisine éparpillés…

Par Mourad M.
Dans la province de Sagaing, les combats contre la prise du pouvoir par les militaires figurent parmi les plus brutaux du pays. Ces combats n’épargnent pas les zones civiles et les écoles : au moins onze enfants sont morts dans une attaque aérienne le 16 septembre dans le village de Depeyin, a annoncé, hier, l’Unicef. La junte a confirmé une opération vendredi dernier impliquant plusieurs de ses hélicoptères dans la zone concernée, accusant les milices locales qu’elle combat d’utiliser les civils comme boucliers humains. Des images rares obtenues par l’AFP montrent une région dominée par la violence et une forte présence de l’armée, de milices pro-militaires et de combattants anti-coup d’Etat. L’accès à internet y est régulièrement coupé. Les troupes de la junte ont semé la destruction fin août dans le village de Tharyarkone, à environ 100 kilomètres à l’ouest de Mandalay, la deuxième ville de Birmanie, affirme Win Soe, un des habitants. «En chemin pour retourner dans leur camp, des soldats sont venus dans notre village», raconte-t-il. «Il n’y avait eu aucun combat par ici et ils sont juste venus dans le but de détruire», ajoute-t-il. «Ils ont incendié 60 maisons dans notre village». Une douzaine de jeunes hommes, certains en treillis de combat, chaussettes de football et baskets aux pieds, d’autres en shorts et sandales, arpentent ce qu’il reste des rues de la bourgade. L’unité fait partie d’une «Force de défense populaire» (PDF) locale, dont des dizaines se sont constituées à Sagaing et dans tout le pays pour combattre l’armée qui, en février 2021, a renversé le gouvernement civil élu d’Aung San Suu Kyi. Avec souvent pour seules armes leur connaissance du terrain et des fusils artisanaux, certains de ces groupes ont surpris les militaires par leur efficacité, selon des analystes. En réponse, la junte a lancé des offensives qui, selon les groupes de défense des droits de l’homme, comprennent la destruction de villages, des exécutions extrajudiciaires massives et des frappes aériennes sur des civils. En mai, l’agence qui coordonne l’aide humanitaire de l’ONU a estimé que plus de 12 000 installations civiles auraient été brûlées ou détruites depuis le coup d’Etat. L’armée accuse les PDF, qu’elle qualifie de «terroristes», d’être à l’origine des incendies et affirme qu’ils ont tué des centaines de personnes, dont des moines bouddhistes, des enseignants et des travailleurs de la santé. Selon les Nations unies, les violences qui ont suivi le coup d’Etat ont porté à plus d’un million le nombre de personnes déplacées en Birmanie. Elles viennent s’ajouter à celles qui ont été chassées de chez elles par des conflits de longue date dans les zones frontalières peuplées de minorités ethniques. La région de Sagaing, où vivent principalement des Bamar et vivier traditionnel de l’armée, a vu plus d’un demi-million de personnes déplacées depuis le coup d’État, selon l’ONU. Même dans les villages qui échappent aux incendies, les habitants disent qu’ils vivent dans la crainte de la violence des militaires. «Lorsque les soldats sont venus dans notre village, nous nous sommes cachés derrière quelques arbustes, mais mon fils était en mauvaise santé et ne pouvait se cacher qu’à proximité», déclare San Nwae, d’un village près de Tharyarkone. «Les soldats l’ont trouvé et l’ont battu à mort. De ma cachette, j’ai entendu quelqu’un se faire tuer». «Quand ils ont quitté le village (…) je suis sorti de ma cachette et j’ai réalisé qu’il s’agissait de mon fils». Menés par l’ONU et l’Association des Nations du Sud-Est asiatique (ASEAN), les efforts diplomatiques pour sortir la Birmanie de l’impasse sanglante ont peu progressé. «Nous combattons les militaires depuis un an, mais nous n’avons pas assez d’armes», explique un membre des PDF. Il admet que son groupe d’environ 20 combattants est souvent incapable de «tenir les militaires à distance très longtemps». «Quand les soldats viennent dans notre village, nous avertissons les habitants pour qu’ils s’enfuient, et nous en évacuons certains», dit-il. «Si les soldats arrêtent les villageois, la plupart d’entre eux seront tués».
M. M.

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