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dimanche 14 août 2022

Baisse de Wall Street, la trouille par avance

Si la chute boursière de ces derniers jours, tant à Wall Street qu’en Europe, mais pas en Asie par contre, n’a pas été particulièrement importante, les indices ayant baissé de quelques points seulement, il n’en reste pas moins qu’elle n’est pas négligeable, puisqu’elle a fait perdre à de grandes firmes technologiques américaines les gains amassés par elles depuis une année. Des médias se sont amusés à calculer les dizaines de milliards de dollars que des patrons comptant parmi les plus fortunés au monde ont perdus du jour au lendemain, par suite de ce retournement boursier, qu’au demeurant on a du mal à s’expliquer. Les gains qui se sont envolés à cette occasion étaient ceux-là mêmes qui avaient été engrangés après les réductions auxquelles la Fed, la banque centrale américaine, s’était résolue en matière de taux d’intérêt, pour limiter l’impact de la pandémie. Mais comme, depuis, le taux d’intérêt directeur de la Fed n’a pas changé, qu’il est resté inférieur à 1 %, on a du mal à comprendre pourquoi cette chute boursière. Dans le cas des Bourses européennes, le fait est encore plus étrange, étant donné que le taux d’intérêt pratiqué par la BCE, contrairement à celui de la Fed, qui lui a tout de même connu des augmentations entre 2017 et 2019 (il était prévu qu’il en subisse d’autres si la pandémie ne s’en était pas mêlée), lui est resté collé au même niveau depuis 2016, c’est-à-dire à zéro.

Avec des taux d’intérêt aussi bas, y compris aux Etats-Unis, où ils ne sont passés légèrement au-dessus de 2 % qu’au cours de 2019, et pendant aussi longtemps, le tournant de cette ère caractérisée par une expansion monétaire sans précédent ayant été pris au lendemain de la crise financière de 2008, les marchés financiers n’auraient à craindre tout au plus que des corrections périodiques, la meilleure parade à un crash aussi meurtrier qu’unique. De fait, depuis 2009, une année seulement après la crise de 2008, les bourses avaient déjà renoué avec les hausses, si les économies réelles s’attardaient quant à elles dans la Grande Récession, pour parler comme les Américains. La seule nouveauté aujourd’hui, c’est l’inflation, d’ores et déjà forte et même inquiétante aux Etats-Unis, où elle n’est pas loin des 8 %, un niveau qu’elle n’a pas atteint depuis une quarantaine d’années ; plus faible en Europe, sans être négligeable pour autant, étant à 5 %. La particularité de cette inflation, par rapport à celles du passé, c’est qu’elle est une conséquence de la pandémie, donc de quelque chose qui en soi n’est pas économique, et dont pour cela on pense qu’elle n’a pas vocation à durer. Pour cette double raison, il n’y aurait pas de mesure particulière à prendre, pas de réforme, pas de révision plus ou moins déchirante à envisager. Il suffirait d’attendre que l’orage, ou plutôt le virus, passe, ce qui bien sûr n’exonère pas de se prémunir contre ses effets les plus pernicieux. C’est ainsi que la Fed, après bien des hésitations, a fini par se décider à augmenter son taux d’intérêt. Ce qu’elle compte faire une première fois en mars prochain, tout en commençant à réduire ses achats d’actifs dans le cadre de ce qui est appelé l’assouplissement quantitatif, une politique correspondant à une création monétaire à tout-va, unique dans l’histoire. Elle en prévoit deux autres au cours de cette année. Il semble bien que c’est cette perspective qui a fait se retourner dernièrement les marchés financiers occidentaux. Depuis qu’ils sont sous perfusion, ils paniquent à la seule idée qu’il faille bientôt se déconnecter et marcher en ne comptant que sur ses propres ressources.

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