16.9 C
Alger
mardi 6 décembre 2022

Autre époque, autre inflation

Partout dans le monde l’inflation est en hausse, quoiqu’à des rythmes divers, entraînée qu’elle est par le coût des matières premières, dont bien sûr celle de l’énergie, mais également par le renchérissement des produits alimentaires de base. Il n’y a à proprement parler d’inflation que s’il y a une augmentation généralisée des prix. Est-ce bien ce qui est constaté aujourd’hui ? Il ne semble pas, en tout cas pas encore, les hausses se limitant jusqu’à présent aux secteurs de l’énergie et de l’alimentation, mais qui déjà obèrent le budget des ménages appartenant aux classes défavorisées comme celui des classes moyennes, une tendance qui s’observe en Algérie comme ailleurs dans le monde. Si l’inflation a toujours le même effet, celui de réduire le niveau de vie des salariés dans leur diversité, ses causes elles sont à chaque fois différentes. La tendance aujourd’hui dans les médias occidentaux est pour comparer l’épisode actuel d’inflation à celui qui prévalait il y a maintenant une quarantaine d’années. Cela est encore plus marqué aux Etats-Unis, où l’inflation se situe déjà à un niveau laissant penser qu’elle sera bientôt à deux chiffres, comme dans les années 1970 et la première moitié de la décennie d’après. A cette époque, pour la première fois dans l’histoire du capitalisme, hausse de l’indice des prix et stagnation en termes de croissance sont allées de pair, une conjonction prenant alors au dépourvu la soi-disant science économique.

L’inflation actuelle ne peut pas être de même nature, ne serait-ce que parce qu’elle est entrée en scène dans le contexte d’une pandémie, celle du Covid-19, et qu’elle s’est poursuivie, tout en s’aggravant, dans celui d’un conflit armé, la guerre en Ukraine, qui clôt son deuxième mois. Pour la première fois dans l’histoire en général, non pas donc seulement celle du capitalisme, une pandémie, comme le monde n’en a pas vue depuis un siècle, s’est associée à une guerre tout à fait à même de s’étendre au-delà du pays où elle s’est déclenchée. Quelle est la part de l’une et l’autre cause dans la hausse actuelle des prix ? Nul ne le sait encore. En fait, on n’est même pas encore certain que l’inflation amorcée dans la cadre de la pandémie aurait reflué si la guerre n’avait pas éclaté. La question n’a pas été posée en ces termes, qu’il soit bien clair. Il n’empêche, un acteur et non des moindres, puisqu’il ne s’agit de rien de moins que de l’Opep+, n’a pas seulement mis en doute ce lien, mais l’a purement et simplement nié, considérant que la guerre n’a eu aucun impact sur le prix du baril, puisque la même offre de pétrole est mise sur le marché depuis le 24 février. La question n’a pas été posée, soit, mais l’Opep+ y a quand même répondu par son refus d’augmenter la production au-delà des quantités qu’elle
s’était fixées des mois à l’avance, comme le lui demandait avec insistance le président américain. Les Etats-Unis, suivis en cela par d’autres pays membres de l’Otan, ne s’approvisionnent plus en produits énergétiques russes, mais ce n’est pas encore le cas des autres pays européens, en particulier de ceux dont la dépendance en ce domaine vis-à-vis de la Russie est bien plus marquée. Il n’est pas jusqu’à l’Ukraine qui continue de s’approvisionner en gaz russe, comme si de rien n’était. Cela dit, pour que le prix d’une marchandise augmente, il n’est pas besoin d’une baisse effective et mesurable de son offre, il suffit d’une anticipation de baisse.

Article récent

--Pub--spot_img

Articles de la catégorie

- Advertisement -spot_img