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dimanche 25 octobre 2020

Austérité et rationalité en perspective La balance des paiements à l’épreuve

On sert la ceinture comme on peut, par les temps qui courent, l’ère de l’opulence et son corolaire d’économie de bazar est dernière nous ; c’est du moins ce qui ressort d’une palette de mesures qui se succèdent d’une semaine à une autre. La dernière en date, celle annoncée par Rachid Nadil, président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures, qui évoque le retrait du carburant «super» des stations de service à partir du début de l’année 2021. Même si ce dernier a voulu donner à cette mesure un habillage «écologique», la vraie raison de cette mesure est sans doute à trouver dans les propos du ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, qui a justifié cette décision par le souci de l’Algérie de réduire les importations de carburant, «afin de récupérer des sommes que nous pouvons investir dans d’autres projets», a-t-il affirmé. «Sonatrach a un projet pour traiter l’essence et produire une seule catégorie», a-t-il ajouté. En fait, nous sommes dans une logique d’austérité que ses grandes lignes ont été déjà tracées par le président de la République lors des récents Conseils des ministres où il a instruit les membres de l’exécutif à une réelle rigueur dans la gestion des ressources financières du pays, des ressources qui s’amenuisent de jour en jour, avec un matelas des réserves de change qui s’amincit à son tour en corrélation avec un baril de pétrole qui n’arrive pas à se stabiliser à un prix réconfortant (41,90 dollars – hier matin).
Outre l’interdiction d’importation des produits fabriqués localement, cette tendance suit la courbe d’une mesure plus globale annoncée la semaine dernière et qui consiste en l’obligation de faire passer toute transaction en devises par l’approbation du Conseil des ministres. Dorénavant, l’Algérie comptera ses sous, aucun transfert d’argent vers les marchés extérieurs ne s’exécutera sans l’aval du Premier ministre. Un air de déjà-vu, le pays avait connu une situation similaire avec des circonstances plus contraignantes durant les débuts des années 1990 sous le gouvernement de feu Bélaïd Abdeslam (1992 – 1993) et son fameux «comité ad hoc» qui répartissait chaque semaine, avec parcimonie, les enveloppes destinées à l’importation d’équipement et biens de consommation. Sauf qu’aujourd’hui, les paramètres ne sont pas les mêmes, loin d’être une «économie de guerre» imposée par les aléas d’une faillite annoncée des années 90, l’austérité prônée par les pouvoirs publics présentement relève plus de la rationalité dans la gestion des ressources financières qui bannit la gabegie des deux dernières décennies et une anticipation par rapport aux incertitudes des marchés pétroliers dans un contexte de crise économique mondiale post-pandémie. Toutefois, si cette démarche a toutes les chances de fonctionner sur le plan des grands équilibres financiers dans la trésorerie de l’Etat, du moins pour les deux années à venir, la problématique reste liée au degré de sa réussite dans sa combinaison avec les impératifs liés au volet social de toute politique gouvernementale. Si le pays arrive à traverser cette zone de turbulences financières tout en évitant un impact douloureux sur le plan social, et si, en dépit de cette austérité, on continuera à pouvoir assurer un maintien des emplois, des programmes de logements sociaux, une meilleure couverture sanitaire, et une réelle réforme du système éducative, on pourra dire un jour que l’Algérie a bien gagné son pari au moment où d’autres pays aux économies plus fortes ont laissé des plumes, et les prémices d’un tel scénario sont déjà là.

M. H.

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