Retour a la page d'accueil

   

LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 11/08/2020


Le double impact de la crise libyenne


 Jusqu’à ces derniers mois, seuls les pays du Sahel ont eu à subir les contrecoups au plan sécuritaire de l’intervention de l’Otan de 2011, qui s’était traduite, à la fois par le renversement du régime de Kadhafi et la division territoriale et politique de la Libye. Ce qui a été appelé la guerre du Mali en a été le premier prolongement, elle a éclaté l’année d’après. Sa capitale Bamako allait tomber entre les mains des groupes djihadistes n’était l’arrivée à la rescousse de l’armée française, en partie déjà présente dans la région. A ce jour, la situation sécuritaire est loin de s’être rétablie sur notre flanc sud, les groupes djihadistes, dont Aqmi, l’Etat islamique et Boko Haram, n’ayant fait au contraire depuis qu’étendre leurs réseaux et leur emprise sur un territoire désertique immense livré à la pauvreté et au trafic en tout genre. Avant-hier encore, huit personnes, dont six humanitaires français, ont péri dans une attaque terroriste non loin de Niamey, la capitale du Niger. Les quelque 5 000 soldats français de l’Opération Barkhane, et les armées rachitiques des pays dit du G5 Sahel, non seulement n’ont pu venir à bout des centaines de terroristes ayant mis la région en coupe réglée, mais ne semblent pas pouvoir y parvenir dans un avenir plus ou moins prévisible. Il faudrait sans doute pour cela l’engagement de plus de forces, et d’abord en provenance des pays limitrophes, qui après tout sont, depuis maintenant des années, sous la menace constante d’une infiltration terroriste.

Or voilà que la situation en Libye, après avoir transformé la donne dans le Sahel, s’occupe pour l’heure à déstabiliser notre façade nord, la région méditerranéenne. Si c’est à plus de mobilisation contre le djihadisme international qu’elle appelle sur le versant côté sud, c’est à une guerre entre Etats qu’elle risque de nous entraîner sur l’autre versant. Il ne tient déjà pas en grand-chose que cette guerre se déclare. Il suffirait pour cela que la Turquie lance les forces de Tripoli sur Syrte, comme elle ne cesse d’en brandir la menace. Si elle saute le pas, ce qu’on ne peut exclure, même si le sentiment prévaut encore qu’elle s’en garderait bien, les conséquences en seront incalculables. Le cas échéant, l’Egypte n’aura d’autre choix que de faire franchir la frontière libyenne à son armée. Or, l’Egypte et la Turquie ne se disputent pas seulement l’influence en Libye, mais également les richesses naturelles, pétrolières, notamment, en Méditerranée. A l’accord sur les frontières maritimes passé entre Ankara et Tripoli a répondu dernièrement la signature de délimitation des zones économiques maritimes entre le Caire et Athènes. Chaque bord s’est empressé de considérer comme nul et non avenu celui conclu par ses adversaires. On voit donc la région méditerranéenne se diviser selon la même ligne de fracture apparue en Libye. La division libyenne se double déjà d’une polarisation en Méditerranée, même si celle-ci n’est pas encore complète, tous les Etats de la région ne s’étant pas encore prononcés pour l’un ou l’autre camp, ce qui est notamment le cas des pays maghrébins. Il n’est pas dit qu’ils se confineraient dans la neutralité si le conflit devait s’exacerber.
 

Partagez sur Facebook Twitter Google
 

LE JOUR D'ALGERIE
DIRECTION - ADMINISTRATION
2, Boulevard Mohamed V   Alger-Centre
Tél. standard : 021.78.14.16  Fax : 021.78.14.15
e-mail :
lejourdalgerie@hotmail.fr
SERVICE PUBLICITÉ DU JOURNAL
Tél & Fax : 021.78.14.20
Toutes les agences ANEP (siège) : 1. Av. Pasteur. Alger