16.9 C
Alger
mercredi 22 mai 2024

Au Niger, une intervention plus facile à décider qu’à faire

Maintenant que l’ultimatum de la Cédéao posé à l’armée nigérienne a expiré, les regards sont tournés vers les frontières du Niger, dans l’attente d’une concentration de forces à l’une ou l’autre d’entre elles. Les chefs militaires de ce bloc régional, s’étendant tout de même à 15 pays, ce qui n’est pas rien, se sont réunis ces dernières heures à Abuja la capitale du Nigeria, qui pour l’heure assume la présidence de l’organisation, aux fins d’arrêter un plan de campagne, appelé à être mis en œuvre dans le cas où les putschistes nigériens restent sourds aux injonctions qui leur avaient été faites. On apprend que ce plan est dressé et même prêt à l’emploi. Or, par ailleurs, seuls deux pays, à savoir le Nigeria et le Sénégal, sont jusqu’à présent disposés à fournir des forces pour une intervention contre le pouvoir de fait à Niamey, conformément à ce qui a été convenu lors de la réunion du 30 juillet.

On n’aura cependant pas manqué de relever que Dakar a été d’autant plus prompt à annoncer sa participation à cette opération de police constitutionnelle que ses autorités semblent bien avoir profité des événements au Niger pour se débarrasser de l’opposant Ousmane Sanko, tout en dissolvant son parti le Pastef (Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), dans la perspective de la présidentielle de janvier 2024. Quant au pouvoir nigérian, on sait que l’élection en mai dernier de son président, Bola Ahmed Tinubu, n’a pas été sans soulever des objections de la part de ses principaux compétiteurs. Il est possible qu’en plus de ces deux pays, d’autres membres de la Cédéao en viennent plus tard à prendre exemple sur eux. Comme le Tchad, lui-même non-membre de la Cédéao, mais un voisin du Niger, par lequel on a d’abord pensé à faire entrer les troupes d’intervention, a fait savoir qu’il n’y serait pas, il ne reste plus qu’une autre voie d’accès possible, par le Bénin, qui n’a pas encore révélé ses intentions à ce sujet. Le choix de passer par le nord du Nigeria n’est pas sans risque, eu égard à la forte implantation de Boko Haram dans la région. Si intervention il y a, ce ne sera pas chose facile. Car d’une part, le Niger pourra compter sur l’aide du Mali, du Burkina Faso, et peut-être aussi de la Guinée, tous trois membres suspendus de la Cédéao, et de l’autre, il y a le risque que les 1 500 soldats français présents sur le sol nigérien s’en mêlent d’une façon ou d’une autre, à plus forte raison si l’opération tournait mal. Le nouveau pouvoir à Niamey ayant déjà dénoncé les accords militaires passés avec la France, la prochaine étape, ce sera selon toute vraisemblance pour lui demander de retirer ses troupes. Paris ne reconnaissant que le président Mohamed Bazoum, ne les retirera pas, pas plus qu’elle n’a pris acte de la dénonciation des accords militaires faite par l’armée nigérienne. Enfin, il convient de noter que celle-ci ne dénonce pas les accords passés avec les Américains, eux aussi présents dans le pays. Bien que la France et les Etats-Unis s’entendent pour condamner le putsch et appellent tous deux au rétablissement du président démocratiquement élu, il existe plus que des nuances dans leurs approches de la situation nigérienne. Aujourd’hui, c’est la France qui pousse à l’intervention militaire, usant pour cela de toute son influence sur la Cédéao, de même que si elle en était le seizième membre.

Article récent

le jour

--Pub--spot_img

Articles de la catégorie

- Advertisement -spot_img